Depuis quelques jours, l’Union pour la République (UPR) fait face à une agitation interne née de la démission de certains cadres et militants, suivie de l’annonce de la création d’un mouvement transitoire, l’Union des Républicains (UDR). Les intéressés évoquent des dysfonctionnements internes pour justifier leur rupture. Mais à l’analyse, cette séquence politique, présentée comme une crise majeure, mérite d’être examinée avec rigueur et surtout à la lumière du droit et des arguments avancés par la direction du parti.
Car très vite, le discours développé par le porte-parole de l’UPR, Elphox Nbina, vient déconstruire méthodiquement le récit alarmiste porté par les frondeurs. Le premier élément qui interroge est le timing. Pourquoi cette soudaine indignation à la fin de la transition, alors que ceux qui dénoncent aujourd’hui le système ont occupé, hier encore, des fonctions stratégiques au sein des institutions ? Pour la direction de l’UPR, cette chronologie n’a rien d’innocent et trahit davantage des ambitions personnelles non abouties qu’une crise de gouvernance.
De gauche à droite , Elphox Mbina et Joel Pono OPapé
Sur le plan juridique, l’argumentaire est encore plus implacable. L’UPR, rappelle Elphox Mbina, fonctionne sur la base de statuts, de textes et d’instances légalement constituées. Aucun acte officiel ne vient étayer l’existence d’un prétendu bicéphalisme décisionnel. Les accords évoqués par les frondeurs ne relèvent ni d’une décision statutaire ni d’un mécanisme reconnu par les textes du parti. En clair, le “dysfonctionnement” invoqué repose davantage sur une lecture politique subjective que sur une réalité juridique démontrée.
La direction souligne également que Joël Pono Opapé nourrissait récemment l’ambition d’occuper le poste de secrétaire général de l’UPR. Une ambition légitime en soi, mais dont l’échec lors du dernier congrès semble avoir constitué le véritable point de rupture. La contestation apparaît ainsi comme une réaction post-congrès, et non comme l’aboutissement d’un long combat pour la transparence ou la démocratie interne.
Là où le discours des frondeurs se heurte définitivement au droit, c’est sur la question des élus. La loi est sans ambiguïté : un élu local issu d’un suffrage indirect perd son mandat en cas de démission de son parti politique. Quant aux parlementaires, ils demeurent en fonction mais sont astreints à une stricte neutralité jusqu’à la fin de leur mandat. En conséquence, l’UDR ne peut légalement accueillir ni élus locaux ni parlementaires issus de l’UPR. La portée politique de la scission s’en trouve mécaniquement réduite.
Dès lors, une autre lecture s’impose. À mesure que l’UPR s’impose comme l’un des partis les plus en vue et les plus structurés de l’échiquier politique national, les tentatives de fragilisation deviennent inévitables. Ambitions personnelles déçues, règlements de comptes internes ou influences extérieures : tout indique que cette agitation relève davantage d’une stratégie de déstabilisation que d’une crise organique réelle.
Le fait que plusieurs cadres ayant initialement soutenu la démarche soient ensuite revenus s’excuser auprès de la direction du parti achève de fragiliser la thèse d’un malaise profond. Plus qu’une implosion, l’UPR semble faire face à une tempête artificielle, alimentée par des intérêts particuliers.
En définitive, à la lumière du droit, des faits et de la chronologie, la “crise UPR” apparaît moins comme une remise en cause du parti que comme la tentative de transformer une défaite personnelle ou une manœuvre politique en crise nationale de formation politique.
