Un marabout exhibe ses calebasses remplies de potions et annonce son arrivée au Gabon à grand renfort de publicité sur les réseaux sociaux. Dans le climat actuel, cette opération peut-elle être considérée comme une simple campagne commerciale, sans interroger ses possibles conséquences sur la paix sociale ?
La question mérite d’être posée. Le Gabon traverse une période de fortes tensions autour de la présence étrangère. Les résultats du recensement de 2026 font état de 1 200 256 résidents étrangers sur une population de 3 518 621 habitants, soit environ 34,1 %. Ces chiffres alimentent déjà un débat sensible sur l’immigration, tandis que certains discours réclament des mesures radicales contre les étrangers.
Dans l’imaginaire d’une partie de la population, les pratiques mystiques sont parfois associées aux crimes rituels et aux sacrifices humains. Que ces représentations soient fondées ou non dans un cas précis, elles constituent une réalité sociale qu’il serait imprudent d’ignorer. Une publicité mettant en scène des potions mystérieuses, dans un tel contexte, risque d’alimenter la peur, les amalgames et le rejet de personnes en raison de leur origine.
Il ne s’agit pas d’affirmer que ce marabout serait impliqué dans des activités criminelles, ni de confondre les traditions africaines avec des pratiques illicites. Il s’agit de s’interroger sur la responsabilité de ceux qui diffusent de telles annonces et sur les précautions nécessaires lorsque la communication commerciale touche à des sujets aussi sensibles.
Le risque de trouble à l’ordre public doit-il être ignoré jusqu’à ce que les tensions éclatent ? La HAC, qui a elle-même invoqué les risques d’atteinte à la cohésion sociale et à la sécurité nationale pour justifier son intervention sur les réseaux sociaux, ne peut faire l’économie d’une réflexion sur la cohérence de sa régulation.
L’enjeu n’est pas de réclamer la censure de toute pratique traditionnelle. Il est de vérifier si cette publicité respecte les règles en vigueur, si elle comporte des promesses trompeuses et si son contenu est susceptible de provoquer des tensions ou d’encourager des comportements dangereux.
Dans un pays où le débat migratoire est devenu particulièrement sensible, la prudence s’impose. Une campagne publicitaire peut être légale tout en exigeant un examen attentif de ses effets potentiels. Mais aucune origine nationale ne saurait, à elle seule, constituer une preuve de dangerosité.
Monsieur le président de la HAC, la régulation des réseaux sociaux doit-elle être sélective ? La prévention des troubles à l’ordre public suppose de traiter les risques avec sérieux, impartialité et discernement, avant que la peur ne se transforme en hostilité contre des communautés entières.





