Quand le Gabonais devient ministre au Canada, on crie au génie. Quand l’étranger participe au développement du Gabon, certains crient à l’invasion. Cherchez l’erreur !
La nomination de Dieudonné Ella Oyono au gouvernement québécois devrait donner quelques insomnies intellectuelles aux adeptes du rejet systématique des étrangers au Gabon.
Voilà un fils du Gabon qui accède à des responsabilités ministérielles au Canada. Et c’est tant mieux ! Nous pouvons être fiers de son parcours. Mais une petite question s’impose à nos spécialistes de la chasse à l’étranger : si un Gabonais peut servir le Canada au sommet de l’État, pourquoi l’étranger qui contribue honnêtement au développement du Gabon devrait-il être considéré comme un intrus ?
L’étranger est-il un problème uniquement lorsqu’il franchit nos frontières, mais devient-il une compétence dès qu’il franchit celles des autres ?
Voilà une drôle de géométrie patriotique ! Pour certains, nos compatriotes installés ailleurs sont des talents à promouvoir, des cerveaux à valoriser et des exemples de réussite. Mais ceux qui viennent chez nous deviennent parfois, avant même d’avoir ouvert la bouche, des suspects en sursis.
Soyons sérieux ! Le Gabon a le droit de contrôler ses frontières, de réglementer les séjours et de protéger les intérêts de ses citoyens. Personne ne conteste cela. Mais entre défendre la souveraineté nationale et transformer l’étranger en bouc émissaire, il y a un monde.
Un étranger qui investit, crée des emplois, paie ses impôts et respecte les lois contribue à la société. Celui qui commet des infractions doit répondre de ses actes. C’est aussi simple que cela. La nationalité n’est ni un certificat de vertu ni une preuve de culpabilité.
À entendre certains discours, on finirait presque par croire que tous les problèmes du Gabon attendent sagement à l’aéroport, passeport étranger à la main, avant de se présenter à l’immigration. Le chômage ? L’étranger ! Les difficultés économiques ? L’étranger ! Les dysfonctionnements de l’État ? Encore l’étranger !
À ce rythme, demain, si un Gabonais perd ses clés, il faudra peut-être ouvrir une enquête sur les ressortissants étrangers du quartier !
La plaisanterie mise à part, le débat migratoire mérite mieux que cette facilité. Oui, le Gabon doit maîtriser l’immigration. Oui, il faut faire respecter les lois. Mais il faut aussi regarder la réalité en face : la responsabilité des difficultés nationales ne peut pas être automatiquement imputée à ceux qui viennent d’ailleurs.
Aux chasseurs d’étrangers, posons donc la question qui dérange : voulez-vous que les Gabonais soient accueillis, respectés et jugés sur leurs compétences à l’étranger, tout en refusant aux étrangers le droit d’être appréciés sur les mêmes critères chez nous ?
On ne peut pas réclamer la reconnaissance pour les nôtres et distribuer le mépris aux autres. La réciprocité n’est pas une faiblesse : c’est une exigence de cohérence.
La nomination de Dieudonné Ella Oyono ne signifie pas que le Gabon doit copier la politique migratoire du Canada. Elle rappelle simplement qu’une personne d’origine étrangère peut apporter sa contribution à un pays d’accueil et y assumer des responsabilités, lorsque les règles le permettent.
Alors, un peu de mesure dans les slogans ! Le patriotisme ne consiste pas à compter les passeports étrangers avec une calculette, mais à construire un pays où les règles sont respectées, les compétences valorisées et les abus sanctionnés.
Le vrai problème n’est pas de savoir d’où vient une personne, mais ce qu’elle fait dans le pays qui l’accueille. Quant à ceux qui veulent chasser tous les étrangers, qu’ils se souviennent d’une chose : le monde est une maison de portes ouvertes et fermées, et les Gabonais vivent aussi derrière celles des autres.
À bon entendeur !
Par Rhonny Starr Biyong






