Quand l’échec cherche un coupable
Le verdict est tombé à Dakar, provoquant une onde de choc au sein de l’Université gabonaise. Mais à peine les résultats du concours d’agrégation du CAMES rendus publics, un scénario désormais familier s’est installé : celui de la désignation d’un responsable extérieur pour expliquer un échec personnel.
Le docteur Francis NKEA NDZIGUE, candidat non admis, a choisi de s’exprimer publiquement. Dans sa sortie médiatique, il met en cause l’Université Omar Bongo et certains enseignants, évoquant un manque d’accompagnement, une démission académique et des pratiques opportunistes.
Ces déclarations ont suscité une réaction ferme du professeur Mathurin Ovono Ébè. Dans un texte argumenté et sans concession, il conteste point par point cette lecture des faits et rejette toute tentative de transfert de responsabilité. Une réponse directe, appuyée sur des éléments factuels, qui a rapidement circulé dans les milieux universitaires.
Nous publions ci-dessous l’intégralité de la déclaration du professeur Mathurin Ovono Ébè, afin de permettre au public et à la communauté académique de se faire leur propre opinion.
Déclaration intégrale du Professeur Mathurin Ovono Ébè
‘’Le Docteur Francis NKEA et le comportement post traumatique d’un échec non assumé.
Alors que les résultats du dernier concours d’agrégation en sciences juridiques, économiques, politiques et de gestion secouent l’université gabonaise et la nation tout entière, alors que la communauté universitaire accuse le coup en s’interrogeant sur les raisons d’un tel séisme et analysant froidement la situation, le Docteur Francis NKEA NDZIGUE, un des candidats malheureux sort du silence pour rendre l’Université Omar Bongo responsable de son échec : “Malheureusement, à la faculté de droit et sciences économiques, ceux qui sont supposés encadrer ne les lisent pas alors qu’à leur époque les Professeurs Mengue Fidèle et Albert ONDO OSSA le faisaient pour eux.
Ce qui les intéresse désormais, c’est de pouvoir obtenir un strapontin à l’extérieur de l’Université pour arrondir leurs fins de mois”. Par ailleurs, le Docteur Francis NKEA NDZIGUE affirme que “Tous nos admis au concours d’agrégation ne l’ont pas été pour la première fois. L’un des plus anciens dans le grade le plus élevé, le Professeur Albert Ondo Ossa ainsi que plusieurs autres, l’ont eu pour la deuxième fois.
D’ailleurs, les 3/4 des admis au concours 2025 sont tome 2, 3 voire 4. Le concours d’agrégation d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier. Il est devenu plus sélectif qu’auparavant lorsque le CAMES recherchait à tout prix les enseignants de rang magistral “.
Ces deux assertions impliquent une réaction à deux volets. Ainsi peut-on revenir sur le palmarès du concours d’agrégation au Gabon de 1985 à nos jours avant de passer aux responsabilités de l’échec.
1. Du palmarès du concours d’agrégation en sciences juridiques, économiques, politiques et de gestion
Maître NKEA NDZIGUE ne dit pas toute la vérité en affirmant que “tous nos admis ne l’ont pas été pour la première fois”.
* Feu le Pr. MENGUE M’ENGOUANG Fidèle l’avait eu en 1985 dès le 1er essai (droit public) ;
* Le Pr. Alexandre Barro Chambrier l’avait eu dès le 1er essai ;
* Le Pr. Charles Mba Owono l’avait eu dès le premier essai (droit privé);
* Le Pr Jean-Jacques Tony Ekomie (économie) l’avait eu dès le 1er essai ;
* Le Pr. Jean Claude James l’avait eu dès le 1er essai ;
* Le Pr Étienne Nsi (droit privé) l’avait eu dès le 1er essai ;
* Le Pr Hervé Ndoume Essingone (gestion), Président du jury 2025 à Dakar, l’avait eu dès le 1er essai ;
* Le Pr Alexis Essono Ovono (droit public), l’avait eu dès le 1er essai
* Le Pr Natacha Mbouna (Gestion), l’avait eu dès le 1er essai
* Le Pr Giscard Assoumou Ella (économie), l’avait eu dès le 1er essai ;
* Le Pr Assoumou Ondo (économie), l’avait eu dès le 1er essai ;
* Le Pr Bruno Mve Ebang (science politique) l’avait eu dès le 1er essai en 2023.
2. Responsabilités de l’échec
Maître NKEA NDZIGUE affirme que “Le concours d’agrégation d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier. Il est devenu plus sélectif qu’auparavant.” Ce n’est pas une raison valable. Le concours a toujours été très sélectif.
La préparation est fondamentale et cela nécessite un investissement considérable. Or il n’existe aucun budget alloué à la préparation au concours.
Par ailleurs, aujourd’hui, les enseignants-chercheurs sont raillés à cause de la bérézina de Dakar. À quel moment ont-ils été célébrés lorsque leur succès est total ? Et pourtant les résultats du Gabon ont toujours oscillé entre 80 et 100%.
Au contraire les professeurs sont vus comme des ennemis de la société. Au Cameroun, après le concours, les agrégés sont reçus par le Président de la République pour montrer la vitalité et surtout l’importance de l’enseignement supérieur pour le pays.
Il faut donc une bonne préparation pour s’admettre au concours d’agrégation. Par contre, l’échec ne doit pas être un obstacle. Il doit plutôt renforcer le mental parce qu’il forme. On est ainsi mieux outillé la deuxième fois.
Mais la première raison de l’échec reste le manque de niveau d’une part et le manque de préparation sérieuse d’autre part. En général on échoue parce qu’on n’a pas de bonnes publications ou une bonne maîtrise de la théorie.
Donc avant de jeter l’opprobre sur toute l’institution, posons-nous les bonnes questions.
Conclusion
“La récréation est terminée”. Ce n’est pas en communiquant à tout vent qu’un candidat malheureux au concours d’agrégation peut absoudre ses propres erreurs et faiblesses. Il ne peut se prévaloir de ses turpitudes.
Le concours étant une épreuve qui nécessite avant tout un investissement personnel, notre collègue, ami et frère ne peut pas être à la fois en politique, au barreau et à l’université. Il doit d’abord consacrer l’essentiel de son travail à la préparation, car la science s’accommode mal de la dispersion. C’est un message qui s’adresse aussi à tous les universitaires chauve-souris.
Mathurin OVONO ÉBÈ
Maître de Conférences CAMES« Le Docteur Francis NKEA et le comportement post-traumatique d’un échec non assumé »
[ TEXTE INTÉGRAL TEL QUE FOURNI ]
Mathurin OVONO ÉBÈ
Maître de Conférences CAMES
Président du SNEC-UOB
L’agrégation : le tribunal du mérite, non de la communication
Cette prise de position, rare par sa fermeté dans le milieu universitaire, met en lumière une réalité souvent esquivée : l’agrégation du CAMES ne se conquiert ni par l’exposition médiatique, ni par la victimisation, encore moins par la polémique.
Au-delà de l’affrontement des discours, le texte pose une question de fond sur les exigences de l’excellence académique, la rigueur scientifique et la responsabilité individuelle face à l’échec. Il interpelle également sur les dérives possibles d’une dispersion professionnelle incompatible avec les standards d’un concours d’élite.
Derrière les mots durs et le choc des postures, une interrogation demeure, sans détour : peut-on prétendre à l’excellence académique sans discipline, sans engagement constant et sans humilité ?
Le débat est ouvert. Et il ne laisse personne indifférent.
