Le texte que nous publions aujourd’hui est un libre propos d’un citoyen gabonais. Nous ne faisons que le relayer au regard de la pertinence de sa déclaration et de la force de son message, qui reflète la colère et l’inquiétude d’une partie de la population face à la situation actuelle du pays.
Depuis des années au Gabon, la même mécanique se répète : à chaque crise, on cherche un coupable, souvent un ministre, parfois un directeur général, afin de masquer l’échec profond du système. Sous l’ancien régime, changer des visages suffisait à calmer la colère, sans jamais traiter les véritables causes. Mais aujourd’hui, cette méthode ne fonctionne plus.
La transition a changé les règles du jeu. En révisant la Constitution et en concentrant l’essentiel du pouvoir exécutif entre ses mains, le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a fait le choix d’incarner seul la direction du pays. Ce choix politique implique désormais une responsabilité totale. Il n’y a plus d’écran, plus d’intermédiaires, plus d’excuses possibles.
Lorsque le Chef de l’État a déclaré publiquement qu’« il y a de l’argent dans ce pays », les Gabonais ont voulu y croire. Les annonces se sont multipliées : des milliards débloqués, des enveloppes annoncées, des promesses faites province après province. Pourtant, sur le terrain, la réalité demeure inchangée. Les écoles restent délabrées, les hôpitaux manquent de tout et les routes continuent d’arracher des vies.
Cet argent, au lieu de transformer concrètement le quotidien des populations, semble s’être dispersé dans les mêmes circuits opaques dénoncés depuis kala-kala. Les problèmes structurels demeurent intacts, alimentant une frustration de plus en plus profonde au sein de la population. Plus préoccupant encore, de fortes sommes ont été orientées vers des fondations et des structures dont l’impact réel sur la vie des Gabonais reste difficilement perceptible. Pendant que certaines entités prospèrent, les familles, elles, continuent de lutter pour survivre.
Dans ce contexte tendu, la crise sociale actuelle agit comme un révélateur. Les grèves se multiplient, les services publics se paralysent, et au lieu d’un dialogue clair, ce sont désormais des menaces de contrôles, de sanctions et même de radiations qui circulent. Une orientation que de nombreux citoyens jugent dangereuse. Car la confrontation n’éteindra jamais la colère. Elle ne fera que la nourrir. Les enseignants, comme d’autres corps sociaux, ne réclament pas l’affrontement, mais une discussion directe avec le Chef du Gouvernement. Ils veulent être entendus, pas intimidés.
Certes, le pouvoir peut se féliciter d’avoir réglé certaines dettes extérieures. Mais une question demeure, lourde et incontournable : qu’en est-il des dettes envers les Gabonais eux-mêmes ? Les salaires impayés, la dégradation des services publics, l’abandon progressif des familles constituent le cœur réel de la crise actuelle.
Aujourd’hui, un malaise profond traverse le pays. Un sentiment largement partagé s’installe : celui d’un pouvoir concentré, mais silencieux face à la souffrance sociale. En voulant exercer l’autorité totale, le Chef de l’État se retrouve désormais face au poids total de la colère nationale. Un pays qui s’arrête n’est jamais un détail administratif. C’est un signal politique majeur. Et lorsque les grèves se multiplient, ce n’est pas l’opposition qui les alimente, mais le vide laissé par l’absence de décisions claires.
Les Gabonais ne demandent plus de discours bien rédigés ni de promesses répétées. Ils attendent des actes, des arbitrages, des choix courageux. Ils attendent que le Chef de l’État parle, décide et tranche, non pour rassurer, mais pour gouverner. Car à ce stade, l’enjeu dépasse les querelles politiques. Il touche à la crédibilité même de la transition. Si rien n’est fait, si le silence persiste, la colère continuera de monter, et le pays s’enfoncera davantage dans le blocage.
Le moment est donc décisif. L’histoire retiendra une chose simple : lorsqu’un pays s’arrête, ce n’est pas un parti qui tombe. C’est un chef qui est jugé. Et aujourd’hui, le peuple observe.
