Le pouvoir gabonais vient peut-être de découvrir le danger des soutiens trop zélés. À force de vouloir défendre un régime avec excès, certains propagandistes finissent par devenir des bombes à retardement pour ceux qu’ils servent. La dernière sortie du journaliste camerounais Raoul Mbia en est aujourd’hui la parfaite illustration.
Dans un climat social déjà extrêmement tendu au Gabon, marqué par la montée de la pauvreté, le sentiment d’injustice, les accusations de favoritisme, la répression des voix critiques et le malaise persistant autour de la présence d’étrangers dans les sphères stratégiques du pouvoir, la déclaration de Raoul Mbia sonne comme une provocation de trop.
Lors d’un échange houleux avec un activiste camerounais, le journaliste, connu pour son militantisme assumé en faveur du régime de Brice Clotaire Oligui Nguema, a lâché une phrase qui provoque désormais un profond malaise, jusque dans certains cercles du pouvoir :
« Il y a dans le gouvernement gabonais, et à la tête de plusieurs entreprises du Gabon, des ressortissants camerounais. »
Une sortie explosive.
Une sortie irresponsable.
Une sortie politiquement dangereuse.
Car, au Gabon, la question de la souveraineté nationale reste l’un des sujets les plus sensibles de ces dernières années. Depuis longtemps, une partie de l’opinion publique dénonce ce qu’elle considère comme une “légion étrangère” influente dans les rouages de l’État. Beaucoup espéraient justement qu’avec la transition politique actuelle, cette perception serait corrigée, ou au moins apaisée.

Mais voilà qu’un journaliste étranger, dans un excès de militantisme politique et de “kounabélisme” exacerbé, vient lui-même confirmer publiquement ce que le pouvoir tente précisément d’éviter de mettre au centre du débat national.
Le problème, ici, ne réside pas seulement dans le fond des propos. Il réside surtout dans leur légèreté, leur timing et leur irresponsabilité. Un journaliste sérieux sait qu’il existe des sujets qu’on manipule avec prudence lorsqu’il s’agit de la stabilité d’un pays. La souveraineté, l’identité nationale et les équilibres communautaires ne sont pas des thèmes de clash sur les réseaux sociaux.
En voulant démontrer qu’il défend le Gabon plus que les Gabonais eux-mêmes, Raoul Mbia vient surtout de placer dans une situation délicate de nombreuses personnalités proches du pouvoir, souvent déjà accusées par certains d’occuper des fonctions stratégiques malgré des origines étrangères ou des liens familiaux extérieurs au Gabon.
Pire encore, cette sortie risque d’alimenter :
- le rejet des citoyens d’origine étrangère ;
- les discours xénophobes ;
- les tensions sociales ;
- et une dangereuse fracture entre populations.
C’est précisément pour éviter ce type de dérive qu’un professionnel des médias est censé faire preuve de retenue. Le journalisme n’est pas le fanatisme politique. Le rôle d’un journaliste n’est pas d’attiser les frustrations populaires pour prouver sa loyauté envers un régime.
Au sein même du pouvoir, plusieurs observateurs voient déjà cette déclaration comme une faute politique majeure. Car, en quelques mots, Raoul Mbia vient fragiliser le discours officiel sur la souveraineté retrouvée et donner des arguments à tous ceux qui accusent le régime d’avoir simplement remplacé une influence par une autre.
Le plus ironique dans cette affaire reste que celui qui voulait apparaître comme le défenseur acharné du régime pourrait finalement devenir l’un de ses plus gros embarras médiatiques.
Après avoir été rejeté dans plusieurs espaces médiatiques de la sous-région, le journaliste camerounais semble avoir trouvé au Gabon un terrain favorable à son style fait de propagande agressive et de militantisme excessif. Mais cette fois, son excès de zèle pourrait coûter cher au camp qu’il prétend défendre.
Les autorités gabonaises doivent désormais prendre leurs responsabilités face à la dérive de certains communicants devenus incontrôlables. Car, lorsqu’un soutien politique étranger commence à parler des équilibres internes du pays avec autant de légèreté, il ne protège plus le pouvoir : il l’expose.
Le Gabon mérite mieux que des pyromanes médiatiques cherchant à exister à travers le vacarme et la provocation. Il mérite du sérieux, de la retenue et du respect envers un peuple déjà éprouvé par les tensions sociales et politiques.






