Après les visas, voici le poulet. Entre Libreville et Washington, les sujets de friction commencent à s’accumuler. Mais derrière le bras de fer avec les États-Unis, une question mérite d’être posée : le Gabon est-il réellement prêt à assumer les conséquences des décisions prises au nom de sa souveraineté ?
En mai 2025, le président Brice Clotaire Oligui Nguema annonçait l’interdiction de l’importation du poulet de chair à compter du 1er janvier 2027, avec l’ambition de développer la production nationale.
Sur le papier, l’objectif paraît clair : produire davantage au Gabon, créer des emplois et réduire la dépendance alimentaire.
Mais une décision souveraine ne se mesure pas seulement à son annonce. Elle se mesure à la capacité de l’État à la mettre en œuvre.
Le 18 septembre 2026, le Conseil des ministres a reconnu que les États-Unis avaient interpellé le Gabon à l’OMC. Le gouvernement annonce désormais une stratégie fondée sur les exceptions prévues par les accords de l’OMC et sur la négociation diplomatique.
C’est là que la responsabilité du pouvoir d’Oligui devient centrale.
Le gouvernement affirme avoir mobilisé plus de 775 milliards de FCFA d’investissements privés pour la filière avicole, avec un objectif annoncé de près de 130 000 tonnes de poulet par an et jusqu’à 100 000 emplois directs et indirects.
Mais entre les annonces d’investissement et le poulet effectivement disponible dans les marchés, il reste un chemin à parcourir.
Le véritable test pour Oligui sera donc moins de “tenir tête” à Donald Trump que de démontrer que le Gabon peut tenir ses propres engagements.
Car si l’importation est interdite avant que la production nationale soit suffisamment importante, régulière et abordable, c’est le consommateur gabonais qui pourrait se retrouver au centre du problème.
Le dossier des visas ajoute une autre dimension. Depuis janvier 2026, Washington applique des restrictions à certaines catégories de visas pour les ressortissants gabonais. Libreville a répondu par une mesure de réciprocité envers les citoyens américains.
Les deux dossiers sont juridiquement distincts. Rien ne permet publiquement d’affirmer qu’ils constituent une stratégie américaine coordonnée contre Libreville.
Mais ils posent une même question : le Gabon dispose-t-il des moyens diplomatiques, économiques et juridiques nécessaires pour défendre efficacement ses choix ?
Face à Washington, la fermeté peut être un choix politique. Mais elle ne suffira pas.
Pour Oligui, le rendez-vous de 2027 sera surtout celui des résultats : produire, approvisionner le marché, contenir les prix et défendre la décision gabonaise devant les règles du commerce international.
Le vrai défi n’est donc peut-être pas de tenir tête à Trump. C’est de prouver que le Gabon peut tenir debout sans dépendre du poulet des autres.






