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Magazine Super Star > ACTUALITE > « Des réseaux sociaux au tribunal populaire : l’unanimité ne fait pas la vérité » le président Mbatchi accuse une cabale contre Mauro.
ACTUALITE

« Des réseaux sociaux au tribunal populaire : l’unanimité ne fait pas la vérité » le président Mbatchi accuse une cabale contre Mauro.

Last updated: 6 juillet 2026 18h11
Published: 6 juillet 2026
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Ces derniers jours, une séquence vidéo montrant le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’adressant avec fermeté à l’architecte Erichk Mauro, chargé des travaux du mausolée dédié à feu Richard Damas Aleka, a largement circulé sur les réseaux sociaux. Dans cette vidéo, le Chef de l’État exige que cet ouvrage soit achevé avant le 17 août, une date hautement symbolique pour notre pays.

En quelques heures, cette scène a donné lieu à une avalanche de commentaires, de montages humoristiques et de moqueries visant principalement l’architecte. Les réseaux sociaux se sont emparés de cette séquence, chacun y allant de son interprétation, de son analyse, voire de son verdict.

Pourtant, une question essentielle mérite d’être posée : cette vidéo de quelques secondes suffit-elle à révéler toute la vérité sur cette affaire ?

Connaissons-nous réellement les contraintes techniques du chantier ? Les délais contractuels initialement fixés ? Les éventuelles modifications apportées au projet ? Les responsabilités respectives du maître d’ouvrage, de la maîtrise d’œuvre, des entreprises chargées des travaux et des différents intervenants ?

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Connaissons-nous également les conditions de financement de ce chantier ? Les ressources financières nécessaires ont-elles été mises à disposition avec la régularité requise ? Les entreprises ont-elles toujours été payées dans les délais permettant la poursuite normale des travaux ? Des contraintes administratives, budgétaires ou logistiques ont-elles ralenti l’exécution du projet ?

l’architecte Erichk Mauro, chargé des travaux du mausolée dédié à feu Richard Damas Aleka

À ce jour, le grand public ne dispose d’aucun élément lui permettant de répondre objectivement à ces interrogations.

Or, chacun sait que la réalisation d’un ouvrage public est le résultat d’une chaîne de responsabilités.

L’État, en sa qualité de maître d’ouvrage, assure le financement et le pilotage du projet.

L’architecte conçoit l’ouvrage, en assure le suivi technique et veille au respect des normes.

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Les entreprises exécutent les travaux.

Les bureaux de contrôle vérifient leur conformité.

L’avancement d’un chantier dépend donc d’une multitude de facteurs techniques, administratifs, financiers et humains.

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Dès lors, désigner un responsable ou, à l’inverse, disculper un acteur sans disposer de l’ensemble des éléments d’appréciation reviendrait à substituer l’émotion à l’analyse et la précipitation à la vérité.

Une vidéo capture un instant. Elle ne raconte pas nécessairement toute une histoire. Or, notre époque est marquée par une tendance inquiétante : celle de transformer une séquence virale en vérité absolue et une émotion collective en jugement définitif.

 C’est précisément ici que réside le danger. L’unanimité d’une opinion, aussi massive soit-elle, ne constitue jamais un critère de vérité. L’histoire de l’humanité nous enseigne que des foules entières ont parfois partagé des certitudes qui se sont révélées fausses. Ce n’est donc ni le nombre de commentaires, ni le nombre de partages, ni la virulence des réactions qui établissent la vérité. Seuls les faits, les preuves et leur examen contradictoire permettent d’y parvenir.

Cette réflexion dépasse d’ailleurs le seul cas de M. Erichk Mauro. Elle interroge notre rapport collectif à l’information, à la responsabilité et au débat public.

Le Gabon est aujourd’hui engagé dans une nouvelle étape de son histoire. La Cinquième République ambitionne de bâtir un État plus responsable, plus transparent et plus exigeant. Cette ambition ne concerne pas uniquement les institutions ; elle interpelle également les citoyens que nous sommes.

Une démocratie ne se résume pas à l’organisation d’élections ou à l’adoption de nouvelles lois. Elle se mesure aussi à la qualité du débat public et à la manière dont les citoyens exercent leur liberté d’expression.

Les réseaux sociaux constituent un formidable espace de liberté. Ils permettent d’informer, d’interpeller les pouvoirs publics, de dénoncer des dysfonctionnements et d’enrichir le débat citoyen. Cette évolution est une avancée démocratique incontestable.

Mais la liberté d’expression ne dispense jamais de la responsabilité.

Dans toute démocratie digne de ce nom, la manifestation de la vérité précède le jugement. C’est le fondement même de la justice. Ce principe devrait également guider notre comportement dans l’espace numérique.

Il convient ici de distinguer deux réalités.

D’une part, le Président de la République était pleinement dans son rôle en exprimant son exigence quant au respect des délais d’un chantier revêtant une forte portée symbolique pour la Nation. Les citoyens attendent du Chef de l’État qu’il veille à la bonne exécution des projets publics et qu’il rappelle, lorsque cela est nécessaire, les obligations de résultat.

D’autre part, cette exigence présidentielle ne saurait, à elle seule, autoriser l’opinion publique à conclure à la responsabilité exclusive d’un homme sans connaître l’ensemble des faits.

Il existe une différence fondamentale entre l’exercice de l’autorité de l’État et le jugement porté par l’opinion.

Il existe également une différence entre la critique légitime et le lynchage médiatique.

Notre pays possède pourtant une riche tradition de dialogue. Sous l’arbre à palabres, les anciens nous ont appris qu’avant toute décision, chacun devait être entendu. Les différentes versions étaient confrontées, les faits examinés avec patience, et la recherche de la vérité précédait toujours la décision.

Cette culture de la palabre n’était pas un signe de lenteur ; elle était une école de sagesse, de justice et d’équilibre.

À l’heure où le numérique transforme nos habitudes, nous gagnerions à préserver cet héritage. Le Gabon moderne ne doit pas renoncer aux valeurs qui ont toujours fondé son vivre-ensemble : l’écoute, le respect de la parole d’autrui, la retenue et la recherche de la vérité.

L’affaire qui anime aujourd’hui les réseaux sociaux passera. Une autre prendra sa place. Mais la manière dont nous réagissons à ces événements façonnera durablement la qualité de notre démocratie.

Le véritable défi du Gabon n’est pas seulement de construire des infrastructures ou de moderniser ses institutions. Il est aussi de former des citoyens capables d’exercer leur liberté avec discernement et responsabilité.

Avant de commenter, vérifions. Avant de partager, réfléchissons. Avant de condamner, recherchons la vérité.

Car la manifestation de la vérité exige d’examiner l’ensemble de la chaîne des responsabilités et non de concentrer l’attention sur un seul acteur. Une République forte ne se construit ni sur les rumeurs, ni sur les emballements collectifs, mais sur les faits, la justice et le respect de la dignité humaine.

Par Joachim Mbatchi Pambou, Président du Forum pour la Défense de la République (FDR), Candidat à l’élection présidentielle d’août 2023

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