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Nzeng-Ayong : quand la matraque étouffe la colère face aux élections truquées, la dictature menace de renaître au Gabon

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Ce mardi 30 septembre 2025, Nzeng-Ayong s’est réveillé sous un parfum d’Ancien Régime. Ce qui devait être une simple marche pacifique de protestation s’est transformé en une démonstration de force policière digne des plus sombres heures de la République gabonaise. D’après notre confrère La Fuite de l’information, plusieurs candidats du 6ᵉ arrondissement, dénonçant ce qu’ils considèrent comme des « résultats tronqués » et une « parodie d’élections », avaient prévu de descendre dans la rue pour faire entendre leur colère. Ils n’en ont finalement pas eu la possibilité.

Dès l’aube, le rond-point de Nzeng-Ayong, lieu de départ annoncé de la marche, a été verrouillé par un imposant dispositif policier. Pick-up alignés, barrages filtrants, patrouilles incessantes : tout y était pour dissuader le moindre attroupement. « Un climat de ville assiégée s’est installé », note La Fuite de l’information, illustrant parfaitement la peur qui gagne désormais les espaces publics lorsqu’il s’agit de contester le pouvoir.

Interdire à des citoyens d’exprimer leur mécontentement après avoir été, selon leurs mots, « abusés dans leur liberté et leurs droits », c’est bien plus qu’un incident sécuritaire : c’est une marche arrière inquiétante sur le chemin démocratique. Ceux qui espéraient que le coup d’État du 30 août 2023 ouvrirait une ère nouvelle risquent de déchanter si le droit fondamental de manifester devient à nouveau une ligne rouge.

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Dans ce contexte, les candidats n’ont toutefois pas renoncé. Toujours d’après La Fuite de l’information, « dans un mouvement spontané et soudé », ils ont contourné le dispositif policier pour se rendre directement à la mairie du 6ᵉ arrondissement, siège de la commission électorale, où ils ont lu une déclaration commune dénonçant la mascarade électorale. « En trichant ainsi aux élections, quel signal le Gabon renvoie-t-il à la communauté internationale ? », s’est interrogé l’un d’eux sous l’œil vigilant des policiers.

les candidats ici devant la mairie du 3eme arrondissement

La scène aurait pu se dérouler sous Omar ou Ali Bongo. Elle s’est produite sous Brice Clotaire Oligui Nguema. Et c’est bien là tout le problème. La promesse d’un « nouveau départ » après la chute du régime Bongo semble vaciller dès les premières secousses démocratiques. Car empêcher les citoyens de manifester, quadriller les lieux publics, intimider les voix dissidentes : tout cela rappelle les pratiques d’une époque que l’on croyait révolue.

Le danger est double : d’un côté, une démocratie qui régresse, et de l’autre, une défiance populaire qui s’accroît. Car la colère contenue finit toujours par éclater ailleurs, souvent de manière plus violente. Si le régime de transition ne corrige pas le tir, il risque de transformer un simple mécontentement électoral en véritable crise de confiance politique.

Cette séquence électorale n’est pas anodine. Elle pèsera lourdement sur la suite des événements. Comme le rappellent plusieurs observateurs, ces élections sont décisives pour savoir si les « sept prochaines années du premier mandat d’Oligui se dérouleront dans la tranquillité ou dans la tourmente ». En choisissant la répression plutôt que le dialogue, le pouvoir prend le risque d’ouvrir une brèche dans laquelle pourrait s’engouffrer un profond ressentiment populaire.

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Car la question posée par un observateur à la sortie de la mairie résonne comme une mise en garde : « Sommes-nous réellement sortis de l’auberge ? » Si les pratiques de l’ère Bongo reviennent par la porte arrière, alors le « renouveau » promis en 2023 pourrait bien n’avoir été qu’un simple changement de façade. Et si Nzeng-Ayong n’est qu’un épisode de plus dans une longue série de crises électorales, il pourrait surtout être celui qui marquera le début d’un retour en arrière. Le Gabon a déjà connu les heures sombres de la dictature. Il serait tragique que l’histoire recommence… sous un visage nouveau.

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