Autrefois, à Nzeng Ayong, il y avait la joie, la brochette, la musique, les chaises bancales et les bouteilles vides qui servaient de projectiles de dissuasion contre tout malfrat distrait. Bref, le peuple s’y retrouvait. On appelait ça “Les Retrouvailles”, parce qu’on y retrouvait tout : les amis, les cousins perdus de vue, les ex qu’on voulait éviter, les moustiques mutants, mais surtout… un certain équilibre social.
Mais voilà. La mairie, dans un éclair de conscience urbanistique, a décidé que trop, c’était trop. On a donc pris les bulldozers, on a démonté les grillades, on a chassé les fêtards, et on a rendu au canal ses odeurs d’égout sans musique d’ambiance. Fini les baffles, fini les DJ improvisés, fini les bousculades autour de la viande bien carbonisée. On a nettoyé le décor, mais on a oublié un petit détail : la sécurité.
Résultat des courses ? L’échangeur de Nzeng Ayong est redevenu une zone où tu ne retrouves plus ton ami… mais ton agresseur. Parce que dans ce grand vide nocturne, il n’y a plus personne pour applaudir ton pas de danse, mais beaucoup pour arracher ton téléphone. Le coin est tellement désert que même les moustiques y marchent en groupe, par peur de se faire agresser.
Echangeur de Nzeng Ayond
Et pourtant, il faut féliciter la mairie. Oui, vraiment. Bravo pour avoir mis fin à une occupation anarchique d’un espace public transformé en porcherie festive. Bravo pour avoir dégagé les bars qui s’étaient installés sur une concession municipale comme chez grand-mère. Bravo pour avoir libéré un canal qui ne coulait plus que sous un lit d’ordures, de mégots et de restes de bouillon. Mais une question : où sont les policiers ?
Car si on a cassé les bars, on n’a visiblement pas cassé l’élan des délinquants. Au contraire, ils sont revenus comme des vautours, heureux de constater qu’il n’y a plus de clients, plus de témoins, plus de bruit, plus de chaises en plastique pour se défendre. L’ancien désordre populaire avait au moins cet avantage : une sorte de “sécurité communautaire”. Aujourd’hui, on se promène à ses risques et périls, avec pour seule protection un “Notre Père” récité à voix basse.
Il aurait suffi que la casse soit suivie d’une vraie mesure de sécurisation. Un poste de police mobile, une patrouille régulière, même un vieux vigile avec une torche rechargeable ! Mais non. Le coin est vide, noir, et plein de mauvaises intentions.
Moralité ? Quand vous cassez des bars sans plan derrière, ne vous étonnez pas que les voleurs trinquent à votre place. Nzeng Ayong ne danse plus, Nzeng Ayong se cache.
