C’est un communiqué passé presque inaperçu, mais dont la teneur heurte violemment les principes fondamentaux d’égalité, de justice et de mérite. Sous des dehors administratifs, la Direction Générale des Services de Santé Militaire vient de commettre une discrimination institutionnelle d’une gravité rare : seuls les enfants de sous-officiers du service de santé militaire titulaires d’un baccalauréat scientifique semble avoir éré appelés à candidater pour des études de médecine ou de pharmacie. Les autres ? Circulez, il n’y a rien à voir.
Alors que le Gabon sort tout juste d’une période de transition censée rétablir l’équité, la dignité des citoyens et l’universalité des droits, voilà qu’on institutionnalise une médecine à deux vitesses, basée non pas sur le mérite ou le talent, mais sur la profession du père ou de la mère. Être fils de militaire donne-t-il désormais accès à des privilèges refusés aux enfants d’agriculteurs, d’instituteurs, de chômeurs ou de commerçants ? Quelle est cette conception archaïque et dangereuse du service public ?
Les jeunes Gabonais qui ont sué sang et eau pour décrocher leur Bac C ou D en 2025 n’ont-ils pas tous droit à l’espoir d’un avenir dans les métiers de la santé ? Pourquoi ce favoritisme qui nie leur intelligence, leur ambition et leur courage ? Doit-on rappeler que dans les villages, les enfants d’agriculteurs se lèvent à 4h du matin, étudient à la lampe-tempête et réussissent brillamment leurs examens sans l’aide d’aucun “grade” familial ?
Il ne s’agit pas ici d’une bourse d’étude militaire réservée à un engagement spécifique ou d’un concours interne. Non, il s’agit d’un appel à candidature pour accéder à une formation médicale, dans un pays où le manque de médecins et de pharmaciens est criant. Plutôt que d’élargir les chances, on restreint l’accès. Plutôt que de récompenser le mérite, on récompense l’appartenance. C’est une honte pour un pays qui se prétend en refondation.
Ce n’est pas seulement un problème de morale ou d’éthique, c’est un danger pour l’unité nationale. Car à force de segmenter la République en castes privilégiées, on génère de la colère, du ressentiment et de la fracture sociale. Quelle sera la prochaine étape ? Réserver le droit de devenir magistrat aux enfants de gendarmes ? L’accès au génie civil aux enfants de colonels ? Le droit à la citoyenneté aux seuls enfants de préfets ?
Nous exigeons que cette note de service soit retirée immédiatement, et que soit lancé un véritable concours national ouvert à tous les bacheliers scientifiques du Gabon, sans condition de métier parental. C’est le minimum que l’on puisse attendre d’une transition qui se prétend porteuse d’un nouvel ordre républicain.
La médecine n’est pas un privilège familial. Elle est un service rendu au peuple, par des enfants du peuple. Que les autorités militaires, comme civiles, s’en souviennent.
