ÉDITORIAL
Il faut bien reconnaître une chose : au Gabon, quelque chose ne tourne pas rond dans le petit monde des réseaux sociaux.
On voit des gens passer leur temps à insulter le Président, à le provoquer, à s’en prendre à ses proches ou à ceux qui travaillent avec lui. Et puis, curieusement, certains de ces mêmes « ennemis » d’hier finissent par se retrouver autour de la table, obtenir une nomination ou bénéficier de soutiens dont personne ne connaît vraiment les contours.
Évidemment, il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac. Mais le phénomène est suffisamment visible pour qu’on puisse se poser une question toute simple : est-ce qu’au Gabon, il ne faudrait pas désormais insulter le Président pour attirer son attention ?
Parce que si c’est cela que certains ont compris, nous sommes face à un sérieux problème.
Le plus inquiétant encore, c’est de voir l’activisme politique devenir, pour certains, une véritable activité professionnelle. On attaque celui-ci, on dévoile les supposés secrets de celui-là, on organise une campagne contre un adversaire… et tout cela aurait parfois un prix.
Si tel est le cas, alors nous ne sommes plus dans le débat politique. Nous sommes dans le commerce de la réputation.
Et dans ce genre de commerce, il n’y a jamais de fidélité.
Celui qui est payé aujourd’hui pour salir votre adversaire peut très bien être payé demain pour vous salir, vous.
C’est justement là que le pouvoir doit faire attention. Le Président n’a pas besoin de gens qui passent leurs journées à chanter ses louanges sur Internet. Il a surtout besoin de résultats.
Une route construite vaut mieux que cent vidéos de propagande. Un emploi créé vaut mieux que mille publications. Un hôpital qui soigne correctement les Gabonais vaut mieux que tous les « likes » du monde.
Il faut aussi le dire : critiquer le Président est un droit. L’insulter pour attirer son attention est autre chose.
Car si l’insulte devient le moyen d’obtenir une nomination, une faveur ou une place à la table, alors nous sommes en train d’envoyer un bien mauvais message à notre jeunesse : pour réussir, faites du bruit, provoquez et attendez qu’on vienne vous chercher.
Pendant ce temps, ceux qui travaillent dans le silence, ceux qui défendent leurs convictions sans insulter personne, peuvent avoir le sentiment d’être oubliés.
Un pouvoir n’a pas besoin de courtisans. Il a besoin de personnes capables de lui dire la vérité.
Parce qu’au fond, le véritable danger n’est peut-être pas celui qui critique le pouvoir ouvertement.
C’est celui qui, pour quelques avantages, lui fait croire que tout va bien.
Le regard de la rédaction.






