Il y a des noms que l’on apprend à l’école. D’autres que l’on entend dans les cérémonies officielles. Et puis il y a ceux qui disparaissent doucement, jusqu’à ce que plus personne ne se souvienne de ceux qui les ont portés.
Georges Dukson est peut-être l’un de ces oubliés.
Né à Port-Gentil, il était encore très jeune lorsqu’il s’engage dans l’armée française. La guerre va l’emmener loin de son Gabon natal.
En 1940, il est fait prisonnier par les Allemands. Il connaît la captivité, puis réussit à s’évader en 1943. Au lieu de chercher simplement à sauver sa vie, il rejoint Paris et reprend le combat.
En août 1944, Paris se soulève.
Dukson est là.
Il se bat aux côtés des résistants. Il est blessé au bras, mais cela ne l’empêche pas de continuer. Dans les rues du XVIIe arrondissement, son courage impressionne. Les Parisiens le surnomment alors « le Lion noir du XVIIe ».
Puis vient le 26 août 1944.
Paris est libre.
Dans la foule qui accompagne le général de Gaulle sur les Champs-Élysées, les photographes immortalisent un jeune homme noir, le bras en écharpe.
C’est Georges Dukson. Un Gabonais.
Cette photographie devrait probablement être l’une de ces images que l’on montre à nos enfants en leur disant : « Regardez. Celui-là aussi était l’un des nôtres. »
Pourtant, combien de Gabonais connaissent son nom ?
C’est là que cette histoire devient douloureuse.

En France, des institutions ont recherché son parcours, conservé ses photographies et raconté son histoire. La Fondation de la Résistance lui consacre même un document intitulé « Dukson, un oublié de l’histoire ». Le Musée de la Libération de Paris conserve également les photographies où il apparaît.
Et chez nous ?
Qui parle de Georges Dukson ?
Dans combien de salles de classe son nom est-il enseigné ? Combien de jeunes de Port-Gentil savent qu’un homme né sur leur terre a participé à la Libération de Paris ?
Nous connaissons Charles N’Tchoréré. Et c’est une bonne chose. Son courage et son sacrifice doivent continuer à être enseignés.
Mais notre histoire ne peut pas s’arrêter à quelques noms.
Nous avons le devoir de rechercher tous ceux qui ont porté le nom du Gabon dans les grands moments de l’Histoire.
Georges Dukson n’était certainement pas un homme parfait. Il a connu, après la Libération, une existence difficile et une fin tragique. Mais cela ne doit pas effacer ce qu’il a accompli pendant ces journées où Paris se battait pour retrouver sa liberté.
Il a connu la guerre.
Il a connu la prison.
Il s’est évadé.
Il a repris les armes.
Il a été blessé.
Et il s’est retrouvé au cœur de la Libération de Paris.
Comment un tel parcours peut-il être aussi peu connu dans son propre pays ?
La question n’est pas de chercher un coupable unique.
La vraie question est de savoir si nous avons suffisamment pris soin de notre mémoire.
Car un peuple qui oublie ses héros finit parfois par oublier une partie de lui-même.
Alors pourquoi ne pas commencer maintenant ?
Pourquoi Port-Gentil, sa ville natale, ne pourrait-elle pas avoir une rue Georges Dukson ? Une école ? Une plaque commémorative ? Et pourquoi pas, un jour, un monument ?
Pas pour fabriquer un héros de plus.
Mais simplement pour rappeler à nos enfants qu’un Gabonais était là lorsque Paris écrivait une page majeure de son histoire.
La France a conservé ses photographies.
Au Gabon maintenant de retrouver sa mémoire.
Et peut-être qu’un jour, à Port-Gentil, un enfant passera devant un monument portant son nom et demandera à son père :
« Papa, qui était Georges Dukson ? »
Ce jour-là, nous aurons enfin commencé à réparer un oubli.






