À l’Église évangélique du Gabon (EEG), la transition administrative semble loin d’être un long fleuve tranquille. Selon certaines informations, Louis Sylvain Allogo Engo aurait adressé, le 13 octobre dernier, un courrier à AFG Banque pour demander le blocage des comptes de la Direction générale de l’EPP. Si cette démarche est confirmée, elle soulève une question essentielle : peut-on continuer à intervenir dans la gestion d’une institution après avoir quitté les fonctions qui permettaient de le faire ?
Le rôle de son CSAF dans cette affaire mérite également des éclaircissements. Sur quelle base ce blocage aurait-il été demandé ? Et quelles pourraient en être les conséquences sur le fonctionnement de la Direction générale ?

Une autorité institutionnelle mise à l’épreuve ?
Au-delà de la question du blocage des comptes, c’est désormais celle de l’autorité institutionnelle qui se pose. Le ministère de l’Intérieur ayant, selon les informations rapportées, interdit à l’ancien président tout acte au nom de l’Église, la question du respect de cette décision mérite d’être posée.
C’est ce même ministère qui a mis en place le comité des sages et l’administration provisoire, chargés d’assurer la gestion de l’Église évangélique du Gabon jusqu’à l’installation du nouveau bureau. Dans ce contexte, les prérogatives de l’ancien président doivent être clairement distinguées de celles des instances désormais chargées de conduire la transition.
Si l’interdiction ministérielle est confirmée dans les termes évoqués, toute initiative prise au nom de l’Église en dehors du cadre autorisé soulèverait de sérieuses interrogations. Un ancien président peut-il encore intervenir dans la gestion de l’institution alors que cette responsabilité a été confiée à une administration provisoire ?
Une telle situation risquerait d’entretenir la confusion au sein de la communauté ecclésiastique, de nourrir les doutes sur la légitimité des décisions prises et de fragiliser une transition qui devrait, au contraire, permettre à l’Église de retrouver sa stabilité. Dans une période aussi sensible, le respect des décisions des autorités compétentes est essentiel pour éviter que des positions contradictoires ne finissent par paralyser le fonctionnement de l’institution.
Le temps des responsabilités
Louis Sylvain Allogo Engo a rendu compte de sa gestion le 9 août dernier. L’administration provisoire, quant à elle, doit présenter son bilan au synode de décembre. Il appartient donc aux instances compétentes d’examiner les différentes gestions dans le cadre prévu à cet effet.
Au fond, c’est bien la question du passage de relais qui se pose. Une fois les responsabilités transmises, chacun doit pouvoir exercer les siennes sans interférences injustifiées. L’Église n’est la propriété de personne, et les fonctions dirigeantes ne sauraient être prolongées en dehors du cadre institutionnel.
Dès lors, une interrogation demeure : cherche-t-on avant tout à protéger les intérêts de l’EEG ou assiste-t-on à des tensions liées à la difficulté de tourner la page ?
Il serait regrettable que ces différends finissent par perturber le fonctionnement de l’Église. Car derrière les questions de pouvoir et de gestion, il y a des œuvres à faire vivre, des engagements à honorer et des personnes qui comptent sur leur continuité.
Diriger implique des responsabilités. Rendre compte de sa gestion est une exigence. Mais savoir passer la main au moment venu fait aussi partie du leadership.





