Depuis hier, sur les réseaux sociaux et dans certains médias, Eddy Narcisse Minang est déjà présenté comme un homme définitivement sorti de la magistrature. Pour certains, l’affaire est entendue : « Minang est radié ! »
Doucement !
Entre une proposition de radiation et une radiation définitivement acquise, il existe encore un chemin juridique. Et ce chemin, l’ancien Procureur Général peut encore l’emprunter.
La presse judiciaire révèle en effet une nuance qui mérite d’être soulignée : il s’agirait, à ce stade, d’une proposition de radiation, et non d’une radiation définitivement prononcée. La décision doit encore suivre son parcours institutionnel avant de pouvoir produire tous ses effets.
Alors pourquoi certains ont-ils déjà sorti le champagne ?
Le dossier n’est peut-être pas aussi simple
Le premier point qui mérite d’être regardé de près concerne la procédure.
Selon les informations recueillies auprès de sources judiciaires, Eddy Minang n’aurait pas été entendu au préalable par le Secrétariat permanent du CSM et n’aurait pas été régulièrement informé de son inscription au rôle disciplinaire.
Or, la loi n°040/2023 portant Statut des magistrats prévoit des garanties précises.
L’article 155 prévoit notamment l’audition du magistrat mis en cause dans le cadre de l’enquête disciplinaire. L’article 159 prévoit que le dossier, les pièces de l’enquête et le rapport doivent être communiqués au magistrat au moins quinze jours avant sa comparution. Consulter le Statut des magistrats
Si Eddy Minang peut démontrer que ces garanties n’ont pas été respectées, il disposera alors d’un argument sérieux pour contester la procédure.
Et là, les choses pourraient devenir beaucoup moins amusantes pour ceux qui ont déjà prononcé son « décès judiciaire ».
Entendu par l’Inspection, mais sur quoi exactement ?
Après sa suspension, Eddy Minang aurait été entendu à plusieurs reprises par l’Inspection générale des services judiciaires.
Les auditions auraient notamment porté sur la convocation de responsables de la Caisse des dépôts et consignations, la gestion et la restitution du reliquat des fonds liés à la session criminelle spécialisée de novembre 2025 concernant Sylvia Bongo Ondimba, Noureddin Bongo Valentin et leurs coaccusés, ainsi que sur d’autres dossiers.
Mais attention : être entendu par l’Inspection générale ne signifie pas nécessairement avoir été entendu dans le cadre précis de la procédure disciplinaire prévue par le Statut des magistrats.
C’est justement cette distinction que sa défense pourrait exploiter.
La question est donc simple : le magistrat a-t-il eu accès à l’ensemble des griefs et des pièces retenus contre lui dans les conditions prévues par la loi ?
Si la réponse est non, le dossier pourrait encore réserver quelques surprises.
Son absence ne règle pas tout
On pourrait évidemment répondre qu’Eddy Minang avait simplement à venir se défendre devant le Conseil de discipline.
C’est un argument qui s’entend.
L’article 160 prévoit effectivement que le magistrat doit comparaître personnellement et permet au Conseil de statuer en son absence lorsqu’il ne comparaît pas sans justification valable. Consulter l’article 160 du Statut
Mais son absence à l’audience ne signifie pas automatiquement que toutes les étapes précédentes ont été respectées.
La véritable bataille juridique pourrait donc porter sur les conditions dans lesquelles il a été convoqué, informé des griefs, et mis en mesure de préparer sa défense.
Quinze jours pour tenter de renverser la situation
Autre élément important : la décision n’est pas nécessairement arrivée au bout de son parcours.
Selon les informations publiées par plusieurs médias, un recours devant le Conseil d’État reste possible après notification de la décision. Le délai prévu par le Statut des magistrats est de quinze jours. Consulter le Statut des magistrats
Cela signifie que ceux qui annoncent déjà « Minang est radié, point final » vont peut-être un peu vite.
La bataille pourrait désormais se déplacer du Conseil de discipline vers la juridiction administrative.
Et il faut aussi se garder de jeter trop vite Eddy Minang aux oubliettes
Au-delà des accusations qui le visent aujourd’hui, le magistrat a occupé pendant des années des fonctions parmi les plus importantes de la justice gabonaise et s’est retrouvé au cœur de dossiers particulièrement sensibles et suivis par l’opinion nationale et internationale.
Son rôle dans les procès liés à Sylvia Bongo Ondimba, Noureddin Bongo Valentin et les autres membres de la « Young Team », ainsi que dans plusieurs autres affaires sensibles, a permis aux Gabonais de mesurer son expérience, sa maîtrise des dossiers et ses qualités de magistrat.
Pour ses défenseurs, Eddy Minang a ainsi démontré qu’il n’était pas un magistrat ordinaire. On peut lui reprocher des faits, contester certaines de ses décisions ou lui demander des comptes, mais il serait pour le moins surprenant de vouloir réduire toute sa carrière à l’affaire disciplinaire qui l’oppose aujourd’hui au CSM.
Et surtout, il ne faudrait pas confondre sanction proposée et condamnation définitive. Celui que certains ont déjà enterré judiciairement dispose encore de moyens de défense.
Car Eddy Minang a peut-être commis des erreurs. Mais une chose est certaine : il n’a pas encore dit son dernier mot.
Alors, radié ? Doucement !
Pour ceux qui l’ont déjà condamné sur Facebook, WhatsApp et dans certains commentaires, il faudra peut-être patienter avant de ranger définitivement Eddy Minang dans les archives de la magistrature.
Car un homme qui a occupé de telles responsabilités, traité des dossiers aussi sensibles et construit une carrière aussi exposée ne disparaît pas juridiquement sur la base de quelques publications sur les réseaux sociaux.
La justice doit sanctionner lorsqu’il le faut. Mais elle doit aussi respecter ses propres règles.
Et si la procédure a été parfaitement respectée, Eddy Minang devra en assumer les conséquences.
Mais si sa défense découvre des failles sérieuses, le scénario pourrait changer.
Alors, à tous ceux qui ont déjà prononcé son verdict définitif :
DOUCEMENT !
LE « CONDAMNÉ » N’A PAS ENCORE DIT SON DERNIER MOT !






