Il y a des prises de parole qui méritent une attention particulière lorsqu’elles viennent d’un homme qui a consacré sa vie à l’éducation. Ancien proviseur, ancien ministre de l’Éducation nationale et promoteur d’un établissement scolaire reconnu, Janvier Nguema Mboumba livre une réflexion sans détour sur l’état de l’école gabonaise.
Son constat est clair : « Notre système éducatif est malade. Il faut le soigner. »
L’ancien responsable s’attaque aux maux qui, selon lui, fragilisent l’ensemble du système : politisation de l’écosystème pédagogique, création d’établissements insuffisamment encadrés, manque d’exemplarité de certains chefs d’établissement, mais aussi absence de véritables mécanismes de motivation et de renouvellement des responsables.
Il pose également la question de certaines règles scolaires, notamment celle de la non-exclusion pour moyenne insuffisante, qu’il considère comme problématique.
Mais c’est sur le coût de l’enseignement privé qu’il avance un chiffre qui mérite l’attention. Dans le primaire, dénonce-t-il, certaines familles doivent supporter des mensualités de plus de 40 000 FCFA, auxquelles s’ajoutent des listes de fournitures scolaires qu’il qualifie d’« extraterrestres ».
À raison de 40 000 FCFA par mois, cela représente déjà 480 000 FCFA par enfant et par an, avant même de compter les fournitures et les autres dépenses liées à la scolarité. Pour une famille ayant plusieurs enfants, la facture peut rapidement devenir considérable.
Cette question dépasse donc le simple débat sur les frais scolaires. Elle pose celle de l’accessibilité d’une éducation de qualité pour les familles gabonaises.
La parole de Janvier Nguema Mboumba prend d’autant plus de poids qu’il connaît l’école de l’intérieur. Son propre établissement, le Lycée privé Janvier Nguema Mboumba à Lambaréné, est documenté comme un établissement scolaire privé implanté dans le Moyen-Ogooué.
Sa réflexion intervient aussi dans un contexte où le monde protestant traverse une crise qui remet sur la table la question de l’avenir de l’enseignement confessionnel. L’Église protestante a historiquement contribué à l’éducation de plusieurs générations de Gabonais. Mais il serait réducteur de présenter cette déclaration comme une prise de position exclusivement liée à cette crise.
Janvier Nguema Mboumba parle d’abord de l’école gabonaise.
Et c’est précisément ce qui fait la portée de son intervention. Ses interrogations concernent aussi bien le public que le privé et le confessionnel : quelle place pour la compétence ? Quelle exigence pour les responsables ? Quel contrôle des établissements ? Quel coût pour les parents ? Et surtout, quelle école voulons-nous laisser à nos enfants ?
Lorsqu’il écrit « enseigner, c’est aimer », l’ancien ministre rappelle que l’éducation ne peut être réduite à une activité administrative ou commerciale. Former un enfant, c’est préparer un citoyen.
Sa conclusion résume son appel : « Pour soigner une plaie, il faut être courageux. Pour remettre de l’ordre dans une maison, il faut compter les poutres. »
Janvier Nguema Mboumba a commencé à compter les poutres. Reste à savoir si ceux qui ont la responsabilité de l’école gabonaise auront le courage de regarder la maison en face.






