À peine la Cinquième République est-elle née que certains hauts responsables semblent déjà déterminés à en pervertir les fondements. Dans un contexte où les Gabonais espèrent enfin tourner la page de l’injustice, du clientélisme et des règlements de comptes d’État, voilà qu’un cas symbolique vient ternir le démarrage d’un nouveau chapitre politique : celui de Bob Mengome.
Ce cadre de la Caisse de Stabilisation et de Péréquation (CaiStab), agent syndiqué et ancien chef national du bureau de la lutte phytosanitaire et de la fertilisation, vient d’être brutalement rétrogradé au poste de simple agent agricole dans l’Ogooué-Ivindo. Une décision administrative d’une rare violence, prise par le directeur général de l’institution, Ismaël GNAMALENGOUNGOU OLIGUI, dans des conditions totalement illégales et moralement scandaleuses.
Le 17 juillet dernier, Ismaël GNAMALENGOUNGOU OLIGUI a signé cette décision d’affectation sans respecter l’article 25 de la convention collective, qui impose une formation préalable lorsqu’un agent est transféré dans un domaine où il n’a pas de compétences. Pire encore, Bob Mengome ayant saisi l’Inspection du travail le 23 juillet, toute décision devait être suspendue dans l’attente de son avis, conformément aux dispositions du Code du travail. En agissant malgré tout, le DG foule aux pieds le droit social gabonais et s’expose à des poursuites.
Mais cette affaire va bien au-delà d’un simple conflit de bureau. Il s’agit clairement d’un règlement de comptes politique, maquillé en acte administratif.


Ci-dessus à gauche , Ismaël GNAMALENGOUNGOU OLIGUI DG Caistab. A droite , Bob Mengome
Bob Mengome est connu pour ses prises de position publiques, ses dénonciations répétées des détournements au sein de la CaiStab, et ses critiques virulentes contre le régime, y compris contre le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Il a notamment accusé l’auditeur général d’avoir utilisé des fonds publics pour financer des campagnes politiques, ou encore validé la publication d’un article à caractère pornographique dans le circuit interne de l’institution.
Autant de vérités dérangeantes que certains auraient préféré voir étouffées.


Ci-dessus, les extraits du journal interne de la Caistab faisant la promotion des comportements immoraux que Bob Megome avait dénoncés.
Ce qui rend cette affaire encore plus préoccupante, c’est le profil du directeur général mis en cause. Proche revendiqué du président Oligui Nguema, il clame haut et fort que « le chef de l’État est son petit frère », qu’il « mange chez lui à midi ou le soir », insinuant ainsi une protection présidentielle absolue. Une telle posture, si elle reste impunie, expose le président à une suspicion dangereuse : celle d’être le commanditaire indirect d’un harcèlement politique.
Or, à l’orée de la Cinquième République, le chef de l’État n’a pas besoin de ce genre de scandale, encore moins lorsque le monde observe le Gabon, espérant voir émerger une gouvernance fondée sur la justice, la transparence et la rupture avec le système Bongo.

Ci-dessus , le courrier adressé à l’inspection du travail .
Le lien est trop visible, trop criant. Et si rien n’est fait, l’opinion publique retiendra non pas la faute du DG, mais le silence du président.
Ce n’est pas la première fois que Bob Mengome subit ce genre de traitement. En 2014 déjà, sous un autre DG, il avait été victime d’une mesure similaire. Il avait alors saisi la justice et remporté le procès contre la CaiStab. Aujourd’hui encore, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Mais cette fois, c’est la République elle-même qui sera abîmée par cette affaire si elle reste sans réponse.
Monsieur le Président de la République, il est encore temps de dissocier votre nom de cette forfaiture. Le peuple a placé en vous ses espoirs de renouveau. Ne laissez pas un haut fonctionnaire zélé, armé de rancune personnelle et de réseaux d’influence, salir l’image d’une République naissante.
La Cinquième République ne doit pas commencer par une injustice. Elle doit commencer par un acte fort.












