À Bikélé, dans le troisième arrondissement de Ntoum, le développement semble fonctionner à deux vitesses : rapide pour construire, lent voire inexistant pour entretenir. Entre caniveaux abandonnés, insécurité rampante et taxes collectées avec une efficacité redoutable, les habitants assistent à un spectacle devenu presque banal : celui d’une modernisation sans suivi.
À Bikélé, tout commence souvent par une bonne nouvelle… qui finit mal.
La route, par exemple. Récemment réhabilitée grâce à l’intervention de Mika Service, elle a redonné le sourire aux usagers. Fini les détours interminables, fini les trous à répétition : les véhicules circulent enfin normalement. Une réussite nette, rapide, presque exemplaire.
Mais comme souvent dans nos réalités locales, le problème ne vient pas de ce qui est fait… mais de ce qui est abandonné juste après.
À quelques mètres seulement de cette route flambant neuve, les caniveaux, eux, semblent avoir été condamnés à mort. Bouchés, saturés, oubliés. L’eau ne circule plus, elle s’installe comme un locataire indésirable, transformant certains axes en marécages urbains improvisés.







Ci-dessus, le triste constat
Et là, une question simple, presque naïve, s’impose : faut-il un conseil des ministres pour déboucher un caniveau ?
Visiblement, oui.
Car pendant que l’eau stagne, une autre activité, elle, ne connaît aucune stagnation : la collecte des taxes.
À Bikélé, sur ce point, la mairie mérite presque une médaille. Les agents sont présents, organisés, efficaces. Les contrôles sont réguliers, les quittances bien délivrées, et les contributions des commerçants et usagers ne souffrent d’aucun retard.
Une machine bien huilée.
Tellement bien huilée qu’elle en oublie presque sa raison d’être.
Car pendant que l’argent circule, l’eau, elle, ne circule plus.
Et ce n’est pas tout.
Aux caniveaux bouchés s’ajoute un autre phénomène : l’abandon progressif des abords de la voie publique. L’herbe pousse, envahit, s’impose… jusqu’à devenir, par endroits, de véritables “forêts urbaines”. Un décor parfait pour les amateurs de cache-cache nocturne malheureusement pas toujours bien intentionnés.
Résultat : insécurité grandissante.
Dans des zones comme l’ancienne route, le carrefour dit “statuette” ou encore l’entrée du feu général Eyeghe, la nuit tombe… et avec elle, toute forme de visibilité. Pas d’éclairage, peu de contrôle, et un sentiment d’insécurité qui s’installe durablement.
Mais là encore, silence radio.
Alors, une question commence à circuler, elle aussi :
– la mairie existe-t-elle en dehors des opérations de recouvrement ?
Parce que sur le terrain, l’impression est claire :
– pour payer, il y a du monde.
– pour entretenir, il n’y a plus personne.
Et pourtant, la zone n’est pas anodine. Bien au contraire.
Elle est stratégique, en pleine expansion, et au cœur de nombreux projets d’envergure soutenus notamment par Paul Biyoghe Mba et les autorités de la Cinquième République : relogement, établissements scolaires, infrastructures de sécurité, équipements sportifs.
Bref, l’État investit.
Mais localement, on laisse faire… ou plutôt, on laisse se défaire.
Car une route sans entretien, c’est un chantier en attente de destruction. Un caniveau bouché aujourd’hui, c’est une facture en milliards demain.
Mais après tout, pourquoi prévenir quand on peut réparer plus cher plus tard ?
À Bikélé, le problème n’est plus seulement technique, il est presque philosophique : on construit comme si l’entretien était facultatif, et on collecte comme si rendre des comptes était optionnel.
Et à ce rythme, une certitude s’impose : si rien ne change, les routes continueront d’être refaites… et les mêmes caniveaux continueront, eux aussi, d’être oubliés avec une régularité qui, elle, mérite vraiment d’être saluée.
Note de la rédaction

Il faut le dire clairement : le présent article s’inscrit dans la continuité d’un reportage de terrain réalisé par l’activiste Bitome, un citoyen engagé qui privilégie une méthode rare dans notre paysage médiatique.
Contrairement à ceux qui commentent depuis les bureaux climatisés ou les réseaux sociaux, Bitome va sur le terrain, observe, constate et documente les réalités vécues par les populations.
Ses différentes remontées d’informations auprès des hautes autorités ont déjà permis, dans plusieurs cas, le déclenchement de travaux et la résolution de problèmes concrets dans différentes localités. Un travail de terrain, factuel, et souvent suivi d’effets.






