Depuis des années, le Gabon a affiché fièrement la mise en place d’un guichet unique de l’investissement à l’ANPI-Gabon, présenté par les autorités comme l’outil majeur de simplification des démarches administratives pour la création d’entreprises et l’obtention des agréments nécessaires à l’exercice de toute activité commerciale. Ce guichet unique devait permettre, selon les annonces officielles, de réduire drastiquement les délais d’attente et de faciliter la vie des opérateurs économiques jusqu’à promettre une création d’entreprise en moins de 48 heures, puis 24 heures lors de son lancement.
Pourtant aujourd’hui, c’est tout le contraire qui se déroule sous les yeux des Gabonais.
La procédure d’obtention d’un agrément de commerce, intégrée dans la formalisation et l’immatriculation des entreprises à l’ANPI-Gabon, est devenue une longue et coûteuse épreuve.
Les frais officiels sont clairement encadrés :
- Entreprise individuelle – Nationaux gabonais : environ 85 000 FCFA
- Entreprise individuelle – Non-nationaux / étrangers : environ 135 000 FCFA
- Personnes morales (SARL, SA, SAS, SCI, etc.) :
- Nationaux : entre 150 000 et 220 000 FCFA
- Non-nationaux : entre 300 000 et 370 000 FCFA, selon la forme juridique et la constitution complète
Ces montants constituent les seuls frais légaux exigibles par l’ANPI-Gabon dans le cadre du guichet unique.
Pourtant, dès qu’un usager est confronté aux lenteurs anormales du système, surgissent des “facilitateurs”. Ces prestataires privés soi-disant chargés d’accélérer la délivrance des documents exigent des paiements 2 à 3 fois supérieurs aux montants officiels, promettant une délivrance rapide que l’administration elle-même est censée garantir.
Ce système parallèle n’est rien d’autre qu’une vaste escroquerie organisée, qui prospère sur la lenteur administrative, l’opacité et l’absence de sanctions. Une lenteur qui, de plus en plus, ne semble plus accidentelle.
Le guichet unique, censé réduire les délais à quelques jours, est devenu un goulet d’étranglement, où des dossiers stagnent pendant des semaines, voire des mois, pendant que d’autres avancent miraculeusement… à condition de payer plus. De fortes suspicions pèsent sur l’existence de complicités internes à l’ANPI, transformant le temps d’attente en instrument de chantage économique.
Pourtant, ce guichet unique devait aussi réduire les contacts physiques et les occasions de corruption grâce au Guichet numérique de l’investissement (GNI), présenté comme la solution moderne et transparente. Dans les faits, ce système numérique est parfois devenu une machine à fabriquer des lenteurs artificielles, renforçant la dépendance à des intermédiaires coûteux, souvent plus efficaces que l’administration qu’ils contournent.
Ce phénomène n’est pas seulement un abus administratif. C’est un gaspillage du travail engagé par les nouvelles autorités, qui tentent de restaurer l’honneur de l’État, de faciliter la vie des Gabonais et d’attirer les investisseurs. Pendant que ces efforts sont affichés au sommet, d’autres Gabonais, restés prisonniers des anciennes habitudes du régime déchu, continuent de saboter les réformes au profit d’intérêts personnels.
Comment un pays qui ambitionne d’être compétitif et attractif peut-il tolérer qu’une formalité administrative élémentaire se transforme en racket déguisé, où l’on paie plus cher non pas pour un service légal, mais pour contourner un blocage volontairement entretenu ?
Ci-dessous, le barème des prestations proposé par un démarcheur, identifié alors qu’il faisait la promotion publique de ses services.
Fournir les piéces d’identité des differents actionnaires
le nom de la société
l’adresse
Le domaine de votre société
la nature de l’activité
Pour une entreprise individuelle (un seul actionnaire)
250.000 frs pour un dirigeant gabonais
350.000 frs pour un dirigeant étranger
Pour une société ( SURL, SARL, SAS) avec plusieurs actionnaires
550.000frs pour les personnes de nationnalité gabonaise
850.000 frs pour des personnes de nationalité étrangere
Le nom pour la facture à éditer
Et dans 3/4 jours vous avez votre fiche circuit
Il est temps que les autorités cessent de fermer les yeux. Des enquêtes sérieuses menées par la DGSS, le B2, la PJ et la DGR doivent être diligentées et des sanctions exemplaires doivent être engagées contre tous ceux qui dilapident l’esprit même des réformes.
Les entrepreneurs gabonais méritent un service public fonctionnel, transparent et équitable pas un guichet unique transformé en marché clandestin de la lenteur administrative.
Le Gabon peut, et doit, faire mieux.
Mais pour cela, il faut d’abord balayer devant sa porte.
