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Oligui Nguema interpellé : 75 000 FCFA par an pour des personnes handicapées, jusqu’à quand ?

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Soixante ans après les indépendances, la République gabonaise continue d’imposer aux personnes vivant avec un handicap une aide sociale qui relève davantage de l’humiliation que de la solidarité. 75 000 francs CFA par an, soit 6 000 francs par mois : voilà ce que l’État considère comme suffisant pour permettre à des citoyens vulnérables de vivre dignement. Dans un pays où le coût de la vie ne cesse d’augmenter, ce chiffre sonne comme une gifle silencieuse infligée à ceux que la société a déjà relégués à la marge.

Le calcul est pourtant simple et implacable. Six mille francs par mois ne permettent ni de se nourrir correctement, ni de se soigner, encore moins de se loger ou de se déplacer. À ce niveau, on ne parle plus de politique sociale, mais de survie organisée. L’État n’accompagne pas, il observe. Il ne protège pas, il tolère. Et comme si cette somme dérisoire ne suffisait pas à traduire le mépris ambiant, les bénéficiaires doivent encore affronter un véritable parcours du combattant administratif. Dossiers bloqués au Trésor, listes barrées, procédures interminables : pour percevoir 115 000 francs par an, il faut lutter contre une machine bureaucratique qui semble conçue pour décourager les plus fragiles.

Pendant que les autorités se félicitent d’avoir « fait un geste », le panier de la ménagère explose, les loyers étranglent, les médicaments deviennent inaccessibles. Des familles entières attendent le mois de décembre comme on attend un miracle, espérant simplement pouvoir nourrir leurs enfants ou acheter quelques fournitures scolaires. Maintenir une aide annuelle aussi dérisoire dans un tel contexte revient à nier la réalité sociale du pays et à fermer volontairement les yeux sur la souffrance quotidienne de milliers de citoyens.

À cette misère matérielle s’ajoute un discours profondément choquant. « Vous êtes gâtés », entend-on parfois. Gâtés, parce que certains ont reçu des scooters siglés CTRI. Mais depuis quand un objet, aussi utile soit-il, remplace-t-il un revenu ? Depuis quand un symbole tient-il lieu de dignité ? Oui, un geste présidentiel a été posé, et personne ne le conteste. Mais un geste ne constitue pas une politique publique. La mission régalienne de l’État n’est pas de produire des images ou des slogans, mais de garantir à chaque citoyen les conditions minimales d’une vie digne.

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La réalité, elle, est brutale et dérangeante. Des personnes vivant avec un handicap, diplômées, titulaires de BAC+3, formées dans les universités gabonaises, cumulent parfois plus d’une décennie de chômage. Faute d’opportunités, elles survivent grâce à de petites activités informelles, vendant de la pâte d’arachide ou bricolant des commerces de fortune pour ne pas sombrer. Quand les 75 000 francs arrivent enfin lorsqu’ils arrivent ils sont aussitôt engloutis par le loyer, les dettes, les bons alimentaires. Il ne reste rien. Ni marge de manœuvre, ni perspective, ni avenir.

Monsieur le Président Brice Clotaire Oligui Nguema, la question est désormais posée publiquement et sans détour : jusqu’à quand la République gabonaise traitera-t-elle les personnes handicapées comme des citoyens de seconde zone ? Les revendications sont pourtant claires, raisonnables et légitimes. Elles portent sur la revalorisation sérieuse du secours permanent, sur une périodicité de paiement plus humaine, mensuelle ou au minimum trimestrielle, et sur la mise en place d’une véritable politique d’insertion professionnelle pour les personnes handicapées diplômées, afin qu’elles puissent travailler, contribuer et vivre de leur mérite.

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p class=”ql-align-justify”>Un État se juge à la manière dont il traite les plus vulnérables. À 75 000 francs CFA par an, ce n’est pas de la solidarité nationale que l’on observe, mais une faillite morale. La Transition se veut porteuse de rupture, de justice et de restauration de la dignité. Il est temps que ces mots cessent d’être des promesses et deviennent des actes. Car la dignité des personnes handicapées n’est ni une faveur, ni un privilège : c’est un droit fondamental.

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