Le Gabon franchit un nouveau cap démographique. Les résultats du Recensement général de la population et des logements (RGPL) 2026 font désormais état de 3 518 621 habitants, comprenant aussi bien les citoyens gabonais que les ressortissants étrangers résidant sur le territoire national.
Le chiffre a été rendu public le jeudi 27 août à l’occasion de la présentation des résultats du septième recensement réalisé au Gabon depuis l’indépendance. Si les données détaillées doivent encore permettre de connaître la répartition de cette population selon les provinces, les tranches d’âge, les nationalités ou encore les lieux de résidence, ce premier résultat ouvre déjà de nombreuses pistes de réflexion.
Pour Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, acteur engagé dans les questions civiques et la démocratie participative, cette évolution démographique mérite notamment d’être analysée à travers la question de l’occupation du territoire.
Une croissance démographique spectaculaire
Les chiffres disponibles permettent de mesurer le chemin parcouru par le Gabon depuis les premières opérations de recensement.
En 1960, la population était évaluée à 448 564 habitants, avec une projection officielle portée à environ 630 000. Elle s’établissait ensuite à 516 884 habitants en 1970, avant d’atteindre environ 755 000 en 1980.
Le recensement de 1993 recensait 1 014 976 habitants, parmi lesquels 153 490 étrangers. Dix ans plus tard, en 2003, la population nationale était estimée à 1 520 911 personnes.
En 2013, le Gabon comptait officiellement 1 811 079 habitants, dont 287 379 étrangers. Le nouveau chiffre de 2026 représente donc une progression considérable en l’espace de treize ans.
Sur la base de ces données, Geoffroy Foumboula Libeka Makosso estime que la population gabonaise a progressé d’environ 95 % entre 2013 et 2026. Une hausse suffisamment importante pour susciter des interrogations sur les facteurs qui l’expliquent : évolution de la natalité, immigration, mobilité des populations ou combinaison de plusieurs phénomènes.
L’urbanisation, un défi pour les territoires ruraux
Au-delà du volume global de la population, c’est surtout sa localisation qui constitue un enjeu majeur.
Le recensement de 2013 avait déjà mis en évidence une forte concentration des habitants dans les espaces urbains. Près de 1,57 million de personnes vivaient alors dans les villes.
Cette tendance à l’urbanisation soulève plusieurs questions pour le développement du pays. Le déplacement progressif des populations vers les principaux pôles urbains peut notamment fragiliser certaines zones rurales, avec des conséquences possibles sur la production agricole, l’exploitation des terres, l’aménagement du territoire et même la présence humaine dans les espaces frontaliers.
Pour Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, le développement du monde rural doit donc constituer une priorité. Il plaide notamment pour une meilleure reconnaissance et une protection du foncier coutumier, qui pourrait, selon lui, contribuer à sécuriser l’accès à la terre et à encourager les populations à rester ou à revenir dans les territoires ruraux.
Redonner une attractivité économique à l’arrière-pays
La question foncière apparaît ainsi étroitement liée à celle de l’activité économique. Maintenir une population dans les zones rurales ne peut, en effet, se limiter à une politique de répartition géographique. Cela suppose également de créer des conditions favorables à l’emploi, à l’agriculture, à l’élevage et à l’accès aux services essentiels.
Certaines provinces illustrent particulièrement cette problématique. L’Ogooué-Ivindo, l’Ogooué-Lolo et la Nyanga présentent historiquement de faibles niveaux de peuplement malgré l’importance de leurs ressources naturelles.
Cette situation pose la question de la capacité du Gabon à mieux valoriser ses territoires. Pour l’acteur civique, les pouvoirs publics doivent davantage s’intéresser aux infrastructures, à l’accès aux services sociaux, aux opportunités économiques et au potentiel agricole de ces régions.
L’objectif serait de faire du développement rural un véritable levier de rééquilibrage démographique plutôt que de laisser s’accentuer la concentration de la population dans quelques grands centres urbains.
Natalité ou immigration : que révèle réellement la hausse de la population ?
Le nouveau chiffre de 3,5 millions d’habitants soulève également une interrogation centrale : qu’est-ce qui explique une progression aussi forte en treize ans ?
Pour répondre à cette question, les données détaillées du RGPL 2026 seront déterminantes. La répartition de la population par nationalité, âge, province et lieu de résidence devrait notamment permettre de mieux distinguer les différentes composantes de cette croissance.
La part de l’accroissement naturel, liée aux naissances, devra être comparée à celle résultant des mouvements migratoires. Cette distinction est essentielle pour comprendre la trajectoire démographique du pays et anticiper les besoins futurs en matière de logements, d’éducation, de santé, d’emploi et d’infrastructures.
Faire du recensement un outil de décision
Avec le RGPL 2026, le Gabon dispose désormais d’une nouvelle photographie de sa population. Mais pour Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, l’intérêt du recensement ne réside pas uniquement dans la publication d’un nombre.
Les données doivent surtout servir à construire des politiques publiques adaptées à la réalité des territoires. Il s’agit notamment de mieux anticiper les évolutions démographiques, de lutter contre le dépeuplement de certaines régions et de renforcer l’attractivité des zones rurales.
Le défi est donc désormais de passer du constat à l’action. Le chiffre de 3 518 621 habitants marque une nouvelle étape dans l’histoire démographique du Gabon. Il appartient désormais aux décideurs de déterminer comment cette croissance peut s’accompagner d’un développement mieux réparti sur l’ensemble du territoire.
Car derrière les statistiques du RGPL 2026 se trouve une question fondamentale : comment permettre à chaque partie du Gabon de conserver une population suffisante, des activités économiques viables et des conditions de vie capables de retenir durablement ses habitants ?






