Par Jean Hilaire Biteghe Obame journaliste d’investigation.
Totale déconvenue que celle que vient de vivre, du 10 au 21 novembre 2025, le monde académique gabonais lors du dernier concours du CAMES, où le Gabon sort bon dernier avec zéro admis sur 215 candidats issus de 12 pays. Plus qu’un naufrage, c’est une véritable déculottée pour un pays où l’on parle d’un taux d’alphabétisation très largement au-dessus de la moyenne et où toutes les revendications corporatistes passent souvent avant toutes les autres considérations.
Le Gabon éternel pourra-t-il se faire avec ce genre de réalités qui met presque tout le monde d’accord sur son avenir ? Le Gabon est vraiment très mal parti.
Quelques figures élogieuses qui cachent mal la souillure du système académique depuis un certain temps
Notre confrère Gabon Review, dans l’une de ses parutions du 16 novembre 2025 intitulée La honte : le Gabon humilié au concours d’agrégation du CAMES, zéro admis en SJPEG, s’est fendu de questionnements du genre : comment et pourquoi est-il possible que le Gabon passe de la place de leader académique régional à celle de dernier de la classe ? Et avec lucidité, le confrère a fini par conclure que cela ne relevait ni du hasard ni de la fatalité.
Dans tous les cas, ces résultats absolument décevants du Gabon au Concours Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES), dans l’option : Laboratoires et centres de recherche en sciences juridiques, politiques, économiques et de gestion, nous font regretter le temps où le Gabon était l’une des locomotives de l’Afrique. Tous les candidats présentés par l’Université Omar Bongo ont été ajournés, autrement dit, tous échoués. Ce qui fait que, dans ce domaine du savoir rationnel, le Gabon a occupé la dernière place au niveau africain. Incroyable mais vrai !
Quoi d’autre peut sortir d’un panier à crabes ?
Comment alors comprendre que ces enseignants-chercheurs du supérieur, qui réclament toutes sortes d’avantages :
- relèvement du budget de fonctionnement ;
- prime d’incitation à la recherche (PIR) ;
- réception en fanfare par le Président de la République, Chef de l’État ;
- mises en stage coûteuses, etc.,
puissent se rendre coupables d’une véritable trahison en ridiculisant le Gabon à l’extrême par l’occupation de la dernière place à un concours qui nécessite qu’ils fassent la preuve de leur haut niveau de compétence ?
Nous comprenons mieux pourquoi leurs publications (articles dans des revues scientifiques et ouvrages) passent inaperçues au niveau interafricain, voire pire, au niveau mondial.
Il est du reste symptomatique de constater avec tristesse que lorsque l’on se rend :
- dans des pays réputés pour la très haute compétence de leurs universitaires et chercheurs (États-Unis, Chine, Allemagne, Angleterre, Japon, etc.), les universitaires gabonais deviennent de parfaits inconnus ;
- dans les universités où nos compatriotes enseignants-chercheurs de l’Université Omar Bongo ont étudié en Europe (cas de la France), leurs travaux de recherche scientifique, leurs articles pourtant publiés dans des revues scientifiques et les ouvrages qu’ils présentent, en cas de besoin, au Concours Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES), sont inconnus dans leurs universités européennes d’origine, et donc par ceux qu’ils présentent souvent comme leurs collègues européens.
Dans ces conditions, nous comprenons mieux la véritable source des maux qui ont toujours miné l’Université Omar Bongo : tribalisme, notes fantaisistes appelées tristement « moyennes sexuellement transmissibles » (MST) par des générations d’étudiants. Il est du reste tragique de constater que les familles qui voient leurs filles obtenir le sésame du baccalauréat se retrouvent en situation de désarroi à l’idée de penser que leurs filles devront poursuivre leurs études supérieures à l’Université Omar Bongo,
puisque la mauvaise tradition voudrait que les jeunes filles étudiantes soient transformées en maîtresses de leurs enseignants.
Une enquête internationale indépendante et approfondie, qui prendrait en compte les vingt dernières années jusqu’au cours de l’année universitaire 2024-2025, déboucherait sur la présentation devant les juridictions compétentes de nombre de ces enseignants, destructeurs des intelligences gabonaises montantes.
Si l’on venait à recueillir le témoignage des anciens pensionnaires de l’Université Omar Bongo pour la période que nous venons de relever, en mettant un accent tout particulier sur cette section de l’enseignement supérieur qui a connu un véritable naufrage au dernier CAMES, le pot aux roses serait mis à nu.
Bien entendu, cet effort de toilettage ne mettrait pas de côté tous les autres secteurs de l’enseignement supérieur.
Il est d’ailleurs très étrange qu’aucun professeur, ou presque, ne soit reconnu comme maître dans sa discipline par ses anciens étudiants. Bien au contraire, il n’y a que rivalités et contestations.
Tout se passe comme si, s’étant libérés des chaînes de leurs anciens tortionnaires incompétents dans les disciplines qu’ils leur avaient enseignées pendant leurs années d’étudiants, les jeunes docteurs pouvaient enfin contester plus ouvertement ceux qui les avaient enseignés et qui n’étaient reconnus que par des natifs de leur province d’origine, voire pire, de leur village d’origine.
Mais dès lors que l’on regarde un peu plus loin, en direction de l’Afrique de l’Est, du Nord ou du Sud, ces marchands d’illusions disparaissent totalement.
Un rempart très fragile
Sous d’autres cieux, le savoir, le vrai savoir, rend humble, et c’est d’ailleurs par leur humilité que l’on reconnaît les vrais grands. Se voûter, s’extérioriser de façon ostentatoire, se proclamer et toutes ces simagrées mènent à la dure réalité des marques justes. Mais je pense que nous ne sommes pas encore à notre dernière déconvenue, car l’orgueil s’enfle trop chez nos universitaires non véritablement accomplis.
Est-il facile pour celui qui rappelle à son responsable académique les règles de l’orthodoxie administrative, lorsque ce responsable appelle à analyser le pourquoi d’une débâcle ? Non. Ce n’est sûrement pas pour demain que la gouvernance universitaire, l’encadrement doctoral ou la production scientifique feront le credo de nos universitaires d’aujourd’hui.












