La suspension du député Fiacre Mpako Ngoma par l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB) dépasse largement le cadre d’une simple sanction partisane. C’est une véritable injure à la démocratie gabonaise. Car quelle est la valeur d’un mandat électif si un député n’a plus le droit de dire non, de défendre le peuple, lorsque la ligne de son parti s’éloigne de l’intérêt général ?
Le député n’est pas un simple exécutant soumis à une discipline aveugle. Il est le représentant du peuple, investi par le suffrage universel. Sanctionner un élu pour avoir exprimé un désaccord politique revient à nier la fonction même du Parlement, qui doit être un espace de débat, de contradiction et de contrôle, et non une chambre d’enregistrement des consignes partisanes.
Fiacre Mpako Ngoma n’a trahi ni la nation ni ses électeurs. Il a pris position, avec courage, en cohérence avec ce qu’il estime être l’intérêt du peuple. En démocratie, dire non n’est ni une faute ni une trahison, c’est le fondement du pluralisme politique. Un député qui agit selon sa conscience remplit pleinement sa mission, même lorsque cela dérange son propre parti.
Cette sanction envoie un signal extrêmement dangereux. Si, au sein du parti au pouvoir, la divergence est punie et la liberté d’opinion devient un motif de mise à l’écart, alors l’obéissance au parti prime sur la loyauté envers le peuple. Aujourd’hui, c’est un député suspendu pour avoir dit non. Demain, ce pourrait être d’autres élus, la société civile, voire les voix critiques de la presse. C’est un précédent qui menace la démocratie gabonaise.
L’histoire politique montre que dans les démocraties solides, la liberté de vote et de parole des parlementaires est protégée. En Europe comme en Afrique, de nombreux députés ont voté contre les consignes de leur parti sans subir de sanction, car le mandat appartient à l’élu et, à travers lui, au peuple. Le désaccord est un signe de maturité politique, pas une menace.
Les termes utilisés par Mpako Ngoma dans sa correspondance sont limpides : dérives idéologiques, pratiques népotiques, manipulations internes, et présence d’anciens « fossoyeurs du Gabon » au cœur de l’UDB. Sa métaphore des « souris dans un sac d’arachides » est éclairante : le danger vient parfois de l’intérieur, lorsque des intérêts personnels minent un projet collectif. Répondre par une sanction plutôt que par le débat confirme la dérive qu’il dénonce.
Au moment où le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a besoin de collaborateurs sincères, capables de lui dire la vérité même lorsqu’elle dérange, cette mise à l’écart apparaît comme une erreur politique majeure. La crédibilité d’un pouvoir se construit avec des hommes et des femmes libres, loyaux à la nation avant d’être loyaux à un parti. En sanctionnant une voix critique, l’UDB fragilise la crédibilité du Président et donne l’impression que la contradiction est désormais interdite.
La sanction de Fiacre Mpako Ngoma est donc bien plus qu’un acte interne : c’est une injure à la démocratie et un précédent dangereux pour le Gabon. Punir un élu pour avoir exercé son droit de dire oui ou non affaiblit les institutions et envoie un signal inquiétant : sous ce rythme, la liberté d’expression et la voix du peuple risquent de se retrouver bâillonnées. Oligui, attention : la démocratie ne se maintient pas dans la peur, mais dans le courage de laisser parler la vérité.









