À l’approche des élections législatives et locales, le scénario habituel se répète dans les provinces gabonaises, et le Woleu-Ntem ne fait pas exception. Les “candidats-migrateurs”, ces éternels absents devenus soudainement philanthropes, refont surface, le sourire aux lèvres et les mains pleines de promesses… et de dons. Le ballet électoral reprend, avec ses distributions de riz, ses caravanes médicales improvisées, ses rénovations d’écoles à la va-vite et ses subventions aux veillées mortuaires. Un cirque électoral bien rodé dont les populations commencent à se lasser, et à raison.
Cette année, l’indignation est d’autant plus palpable que le parti du président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, fraîchement créé, a parachuté des candidats jugés pour la plupart comme déconnectés des réalités locales. Ces individus, que les habitants n’ont ni vu ni entendu pendant des années, se présentent aujourd’hui avec une seule carte en main : leur affiliation au chef de l’État.
“Je suis le candidat du parti d’Oligui”, clament-ils à l’unisson, comme si ce simple lien suffirait à effacer leur absence prolongée, leur mépris des problèmes quotidiens, leur méconnaissance des priorités du terroir. Pire encore, comme si la loyauté envers un président pouvait se substituer à la légitimité populaire et au vécu communautaire. Une manœuvre grossière qui frise l’insulte à l’intelligence politique des électeurs du Woleu-Ntem.
Car oui, les populations ont voté Oligui Nguema massivement. Mais elles ne l’ont pas fait pour permettre à une élite opportuniste de s’engouffrer dans la brèche présidentielle. Elles l’ont fait pour des raisons concrètes : une lutte visible contre les excès du passé, une volonté affichée de rupture, un discours de souveraineté, de justice et de redressement. Et ce soutien, disent-elles clairement, n’est pas transférable à des inconnus, aussi proches soient-ils du palais présidentiel.
“Nous ne voterons pas pour un parti politique. Nous voterons pour des hommes et des femmes qui ont toujours été avec nous, dans la joie comme dans le malheur.” Cette phrase, désormais largement partagée dans les localités du septentrion, sonne comme un avertissement. Un rappel que le vote n’est pas un chèque en blanc signé à un appareil politique, encore moins à des candidats qui ne connaissent ni les noms des chefs de quartier ni les sentiers sinueux de leur circonscription.
Dans ce contexte, si les candidats de l’Union Démocratie des Bâtisseurs (UDB), le parti du président, veulent avoir une chance, ils devront se débarrasser de cette paresse politique qui consiste à s’abriter derrière le nom d’Oligui, et aller au charbon. Écouter. Comprendre. Servir. Être là. Pas juste maintenant, mais depuis toujours ou du moins suffisamment longtemps pour qu’on les identifie comme des membres actifs du tissu social local.
La mascarade électorale où des candidats fantômes se déguisent en messagers du pouvoir doit cesser. Le Woleu-Ntem semble prêt à envoyer un message fort : l’ère des passe-droits politiques est révolue. Et si les urnes ne sont pas tripatouillées, les résultats pourraient bien démontrer que l’ancrage communautaire, l’humilité et le service réel aux populations pèsent plus que n’importe quelle carte de parti.
Il est temps que la classe politique entende cet avertissement. Faute de quoi, les prochaines législatives pourraient bien devenir le cimetière des candidats opportunistes et la revanche des enfants du pays.
