Le vernissage des ouvrages Une nouvelle ère humaine : la Vision Mebage Menkpam et De Camille Ndziboe Mebale à Mebage Memone Sikum, organisé le 30 mai 2026 au Complexe Social de London à Libreville, a constitué bien davantage qu’une simple cérémonie littéraire. À travers les différentes interventions, cet événement s’est imposé comme un espace de formulation d’un projet intellectuel, spirituel et civilisationnel visant à repenser les rapports entre la foi, la science, l’identité africaine et la destinée humaine.

Au cœur de cette réflexion se trouve la doctrine dite de la « Vision Mebage Menkpam », présentée par ses promoteurs comme une révélation spirituelle dont le Gabon aurait été dépositaire il y a trente ans. Pour Monseigneur Docteur Alain Pascal Biteghe-Bi-Nzeng, principal auteur des deux ouvrages, cette vision ne constitue pas seulement un héritage religieux local, mais un message universel destiné à l’ensemble de l’humanité. « La Vision Mebage Menkpam est le plan de salut mis en place par l’Eternel pour le salut de l’humanité perdue par le péché »
Une critique des dépendances spirituelles héritées
L’une des idées centrales développées par l’auteur repose sur la nécessité pour les Africains de réexaminer leur rapport aux traditions religieuses importées. Sans rejeter les apports extérieurs, son discours interroge la tendance persistante à valoriser systématiquement ce qui vient d’ailleurs au détriment des ressources spirituelles produites sur le continent africain.
Selon lui, le principal enjeu réside dans la capacité des Africains à reconnaître leurs propres patrimoines religieux, philosophiques et culturels. Cette démarche s’inscrit dans une logique de réappropriation intellectuelle où la spiritualité africaine n’est plus considérée comme un objet périphérique de l’histoire religieuse mondiale, mais comme une source légitime de production de connaissances et de sens.
Cette position rejoint les débats contemporains sur la décolonisation des consciences et des savoirs, qui visent à réhabiliter les épistémologies africaines longtemps marginalisées dans les récits dominants de l’histoire universelle.
L’amour comme principe anthropologique fondamental

L’analyse du discours de Monseigneur Biteghe-Bi-Nzeng révèle également une dimension éthique forte. La doctrine Mebage Menkpam est présentée comme une théologie de la réconciliation fondée sur l’amour universel, la vérité scientifique et la justice impartiale.
L’auteur insiste sur l’idée selon laquelle la haine, les conflits et les divisions religieuses ne peuvent être dépassés que par une éthique de l’amour. Cette conception dépasse le cadre strictement confessionnel pour s’inscrire dans une réflexion anthropologique plus large sur les conditions du vivre-ensemble.
Dans cette perspective, l’amour n’est pas simplement un sentiment ou une vertu morale. Il devient un principe organisateur de la société humaine, susceptible de restaurer les liens sociaux et de favoriser l’émergence d’une humanité réconciliée avec elle-même.


Ci-dessus , les deux ouvrages
La réhabilitation de l’écriture et de la mémoire africaine
Un autre aspect majeur des interventions concerne la question de l’écriture et de la transmission des connaissances. Contestant l’idée souvent avancée selon laquelle l’Afrique serait essentiellement une civilisation de l’oralité, l’auteur affirme que l’histoire démontre au contraire la participation fondamentale du continent à l’invention des systèmes d’écriture.
Cette prise de position vise à remettre en question certaines représentations héritées de l’historiographie coloniale. Elle souligne l’importance de la production écrite comme outil de conservation de la mémoire collective et de diffusion des savoirs.
Les deux ouvrages présentés s’inscrivent précisément dans cette logique. Ils constituent une tentative de formalisation doctrinale et historique destinée à assurer la transmission d’un héritage spirituel aux générations futures.








Ci-dessus , les images du vernissage
La figure de Camille Ndziboe Mebale comme modèle de fidélité spirituelle
Le second ouvrage occupe une place particulière dans l’économie générale du projet intellectuel présenté lors du vernissage. Il est consacré à la vie et à l’œuvre de Camille Ndziboe Mebale, figure centrale de la transmission aux humains de la Vision Mebage Menkpam.
Au-delà de la dimension biographique, l’auteur cherche à construire une réflexion sur la fidélité spirituelle, la vocation et l’engagement religieux. Le personnage étudié est présenté comme un homme ayant consacré son existence à la réalisation d’une mission transcendante.
L’objectif n’est donc pas uniquement de retracer un parcours individuel, mais d’offrir un modèle de référence susceptible d’inspirer les générations futures dans leur quête de sens et d’élévation spirituelle.
Une tentative de réconciliation entre science et spiritualité
L’un des aspects les plus remarquables du discours de Monseigneur Biteghe-Bi-Nzeng réside dans sa volonté de dépasser l’opposition classique entre science et religion.
Médecin neurochirurgien de formation, l’auteur défend l’idée selon laquelle la recherche scientifique et la quête spirituelle procèdent d’une même volonté de compréhension du réel. Selon son analyse, le conflit souvent présenté entre ces deux domaines résulterait davantage d’une mauvaise compréhension de leurs objets respectifs que d’une incompatibilité fondamentale.
Dans cette perspective, la science n’invente rien de l’existence, elle apparaît comme un instrument d’exploration des mécanismes du monde, tandis que la spiritualité permet d’interroger la quintessence et les finalités ultimes de l’existence humaine.
Cette approche rejoint certaines traditions philosophiques qui considèrent que les différentes formes de connaissances peuvent être complémentaires plutôt que concurrentes.
Mvettologie, théologie et construction d’une pensée africaine contemporaine
Les interventions du professeur Grégoire Biyogo et du professeur Steve Elvis Ella ont permis de situer la Vision Mebage Menkpam dans un cadre intellectuel plus large.
La doctrine présentée s’appuie notamment sur une relecture du Mvett, l’un des grands systèmes de pensée des peuples Ekang. Les auteurs proposent ainsi un dialogue entre les traditions philosophiques africaines, la théologie chrétienne et les savoirs contemporains.
Cette démarche témoigne d’une volonté de construire une pensée africaine capable de dialoguer avec les grands courants intellectuels mondiaux tout en conservant ses propres références culturelles.
L’ambition affichée consiste à produire un cadre théorique original permettant d’articuler identité culturelle, spiritualité, histoire et modernité.
Une vision à vocation universelle
L’analyse globale des échanges tenus lors de ce vernissage montre que la Vision Mebage Menkpam dépasse largement le cadre d’une simple doctrine religieuse locale. Ses promoteurs la présentent comme une proposition globale de compréhension du monde, fondée sur la réconciliation entre l’homme et Dieu, entre la science et la foi, entre la tradition et la modernité.
À travers les deux ouvrages de Monseigneur Alain Pascal Biteghe-Bi-Nzeng, cette vision cherche à inscrire le Gabon, nouvelle Terre Promise, dans une dynamique de production intellectuelle et spirituelle susceptible de contribuer aux grands débats contemporains sur la connaissance, l’identité, le développement humain et l’avenir de la civilisation.
Ainsi, le trentenaire de la Vision Mebage Menkpam apparaît non seulement comme une commémoration religieuse, mais également comme une tentative de formulation d’un projet philosophique et culturel visant à redonner à l’Afrique une place centrale dans la réflexion sur le destin de l’humanité.






