Depuis plusieurs semaines, les Gabonais suffoquaient sous des toux interminables et des fièvres récurrentes. L’attente d’une parole officielle était légitime. Mais au lieu de laisser les autorités compétentes s’exprimer, Yaba a sauté sur la scène comme une star autoproclamée, annonçant une « nouvelle variante du Covid-19 » sur la base d’observations internes au SAMU social. Résultat : panique dans la population et démenti immédiat du ministère de la Santé. Quelques jours plus tard, il a dû s’excuser publiquement, admettant que ses chiffres étaient faux et appelant les Gabonais à se fier uniquement aux annonces officielles.
Mais ce qui a vraiment mis le feu aux poudres, c’est sa mise en scène : lors de sa fameuse annonce, un grand portrait du Chef de l’État trônait derrière lui, comme pour laisser croire que le Président cautionnait cette alerte. Une erreur de casting monumentale : pour un régime où chaque mot et chaque symbole sont soigneusement contrôlés, exposer ainsi le Chef de la Nation relève de l’impardonnable. Pour beaucoup, Yaba n’a pas seulement paniqué le pays : il a embarqué le Président dans sa bévue, faisant passer Brice Clotaire Oligui Nguema pour complice d’un buzz imaginaire.
Ce faux pas n’est pas isolé. Il illustre un travers devenu sa marque de fabrique : occuper l’espace médiatique à tout prix, apparaître avant tout le monde, se rendre indispensable, transformer chaque opération humanitaire en spectacle personnel. La star du SAMU est devenue, malgré elle, le personnage central de son propre show, éclipsant les institutions légitimes chargées de la santé publique.
Le gouvernement, dans sa rigueur militaire, a mis un terme à ce cinéma. L’indiscipline communicationnelle ne passe plus : la santé publique n’est pas un terrain de promotion personnelle. Et derrière cette sanction, c’est un avertissement adressé à tous ceux qui rêvent d’utiliser la Transition pour briller au détriment de l’État.
À cela s’ajoute la fragilité de son parcours académique et professionnel : formations multiples, chevauchements d’années, diplômes peu documentés, responsabilités prestigieuses difficiles à vérifier… Dans un pays traumatisé par les scandales de faux CV, l’opacité n’est plus tolérée. Yaba paie donc pour l’excès de lumière et le manque de transparence, une combinaison fatale qui aura eu raison de sa présomption.
Son retour au SAMU social est désormais officiel. La structure qu’il a façonnée continuera ses activités, mais sous une supervision plus stricte, loin des caméras et des projecteurs. La star est déchue, le spectacle terminé, et la République rappelle que le prestige du Chef de l’État n’est pas un accessoire pour se faire valoir.
Wenceslas Yaba voulait être le premier à parler, il voulait briller. Mais la lumière, dans cette histoire, a brûlé trop fort. Et désormais, c’est au SAMU de récupérer sa star… mais sans le moindre projecteur.
