À quelques semaines de la rentrée universitaire 2026-2027, le Syndicat national des enseignants-chercheurs et chercheurs, section Université Omar Bongo (SNEC-UOB), hausse le ton. Dans une déclaration rendue publique le 11 août 2026, le syndicat dresse un tableau particulièrement préoccupant de la situation de la première université du pays et appelle à des mesures d’urgence.
Pour le SNEC-UOB, l’UOB se trouve aujourd’hui confrontée à un « effet de ciseaux » qui menace directement son fonctionnement. L’établissement accueille déjà près de 18 000 étudiants pour seulement 8 000 places assises, soit un taux d’occupation évalué à 225 %. Et la situation pourrait devenir encore plus critique dès la prochaine rentrée.
Selon le syndicat, l’arrivée annoncée de 15 000 nouveaux bacheliers, auxquels pourraient s’ajouter le retour de nombreux étudiants gabonais actuellement en France, pourrait faire dépasser les effectifs de l’UOB le seuil des 30 000 étudiants. Une perspective qui inquiète d’autant plus que, souligne le SNEC-UOB, aucun nouveau bâtiment n’aurait été construit sur le campus depuis 1995.
Le syndicat estime ainsi que l’université est confrontée à une crise à la fois infrastructurelle, budgétaire et managériale. La solution ne pourrait donc plus se limiter à quelques ajustements ponctuels.
Une dette pédagogique finalement encadrée
La déclaration revient également sur la dette pédagogique relative à l’année universitaire 2022-2023. Le SNEC-UOB avait envisagé de boycotter la rentrée si cette dette n’était pas intégralement apurée.
Un protocole d’accord signé le 7 août 2026 entre le rectorat et le syndicat prévoit finalement le règlement des 464 937 832 FCFA sur trois années budgétaires : 40 % en 2027, puis 30 % en 2028 et les derniers 30 % en 2029.
Pour le syndicat, cet accord illustre l’importance du dialogue social dans la résolution des tensions qui opposent régulièrement les partenaires de l’enseignement supérieur.
Le désaccord sur l’avancement au mérite
Autre point sensible de la déclaration : la réforme de la loi 8/91 portant statut général des fonctionnaires de l’État.
Le SNEC-UOB reconnaît « de nombreuses avancées significatives » dans le projet de réforme, mais s’oppose fermement à la suppression de l’avancement automatique. Le syndicat considère que ce mécanisme constitue une garantie d’équité.
Il justifie notamment sa position par les risques de tribalisme, d’ethnisme, de clientélisme, de favoritisme et de copinage qu’il estime encore présents dans la société gabonaise. Pour le SNEC-UOB, conditionner exclusivement l’avancement au mérite pourrait donc devenir, dans certaines conditions, un facteur d’exclusion.
Le syndicat demande ainsi au chef de l’État d’intervenir directement afin que cette disposition soit retirée du projet de loi.
Un « Plan Marshall numérique » pour désengorger l’UOB
Face à la pression démographique annoncée, le SNEC-UOB ne se contente pas de dresser un constat alarmant. Il avance également plusieurs propositions.
Le premier pilier de son plan consiste à augmenter rapidement les capacités d’accueil. Le syndicat demande notamment l’achèvement d’un bâtiment pédagogico-administratif financé, selon lui, à hauteur de 3 milliards de FCFA par une dotation présidentielle et dont les travaux seraient à l’arrêt.
Il réclame également un audit financier pour déterminer les causes du retard et souhaite que le bâtiment soit livré dès septembre 2026, avec à la clé 800 places supplémentaires. Deux amphithéâtres de 500 places, prévus initialement, devraient également être construits.
Mais le SNEC-UOB veut aussi miser sur le numérique. Fibre optique, Wi-Fi généralisé et véritable plateforme d’e-learning figurent parmi les mesures proposées dans ce que le syndicat baptise un « Plan Marshall Numérique ».
Faire de l’UOB une université capable de générer ses propres ressources
Le deuxième pilier proposé touche directement au modèle économique de l’institution.
Pour le SNEC-UOB, l’UOB ne peut plus dépendre exclusivement des ressources provenant du Trésor public. Le syndicat propose notamment d’autoriser l’université à disposer d’un compte dans une banque commerciale afin de pouvoir capter des financements privés, du mécénat et des financements internationaux.
Il suggère également une évolution des frais d’inscription, avec une fourchette comprise entre 50 000 et 100 000 FCFA. Sur la base hypothétique de 30 000 étudiants et d’une moyenne de 70 000 FCFA par étudiant, le syndicat estime que cette mesure pourrait générer 2,1 milliards de FCFA de recettes.
Mais cette proposition est assortie de garde-fous. Le SNEC-UOB exige une traçabilité totale des recettes issues des inscriptions et propose que 75 % de ces ressources soient consacrées aux infrastructures, aux amphithéâtres et aux laboratoires, contre 25 % pour le fonctionnement.
Pour éviter que la réforme ne pèse davantage sur les familles modestes, le syndicat préconise parallèlement des bourses fondées sur des critères sociaux ainsi que la création de filières d’excellence financées directement par les grandes entreprises.
Transformer l’expertise universitaire en ressource
Le SNEC-UOB va encore plus loin en proposant de faire de l’expertise des enseignants-chercheurs une véritable source de revenus pour l’université.
Le syndicat souhaite que l’État puisse confier à l’UOB des missions d’audit et des études d’impact actuellement susceptibles d’être attribuées à des cabinets privés étrangers.
Il propose également la création d’une régie commerciale autonome chargée de valoriser le patrimoine foncier de l’université, notamment à travers la location d’espaces et la perception de redevances auprès des commerces installés sur le campus. Les bénéfices seraient affectés au paiement régulier des vacations pédagogiques et à l’acquisition de matériel didactique.
Le dialogue plutôt que l’affrontement
Au terme de sa déclaration, le SNEC-UOB se veut ouvert au dialogue. Le syndicat appelle le gouvernement à ouvrir une table de négociation avec l’ensemble des partenaires sociaux de l’enseignement supérieur, en particulier autour de la situation de l’UOB.
Le message de fond est clair : pour le SNEC-UOB, sauver l’Université Omar Bongo ne pourra pas se résumer à gérer une rentrée universitaire de plus. Il faut, selon le syndicat, repenser durablement son financement, ses infrastructures, son fonctionnement et son autonomie.
Une déclaration qui place désormais le gouvernement devant un défi majeur : comment absorber l’explosion annoncée des effectifs tout en garantissant aux étudiants des conditions d’apprentissage dignes et aux enseignants de meilleures conditions de travail ?
Le SNEC-UOB, lui, affirme avoir choisi « le camp de la responsabilité, de l’excellence et surtout de la co-construction ».






