Il y a des images qui en disent plus long que de grands discours.
Ce 17 août, le Gabon inaugure l’esplanade Georges Damas Aléka, un ouvrage présenté comme un haut lieu de mémoire nationale. Mais derrière les projecteurs, les discours et les applaudissements, une absence interpelle : celle de son concepteur, l’architecte Bienvenu Erichk Mauro Nguema, placé sous mandat de dépôt quelques jours avant l’inauguration, dans le cadre d’une procédure liée au retard d’exécution du chantier.
Le paradoxe est saisissant : celui qui a pensé, dessiné et porté architecturalement cet ouvrage n’était pas là pour assister à son inauguration.
Plus troublant encore, son nom aurait à peine été évoqué lors de cette célébration. Comme si une œuvre pouvait apparaître par magie. Comme si derrière les formes, les volumes, les nuits de réflexion, les journées de travail et les mois consacrés à donner vie à une vision, il n’y avait personne.
Pourtant, une architecture ne tombe pas du ciel.
Quelqu’un l’a imaginée. Quelqu’un l’a dessinée. Quelqu’un a dû en porter la vision, affronter les contraintes techniques, les modifications, les exigences et la pression du calendrier.
Et aujourd’hui, pendant que l’œuvre est célébrée, son concepteur dort en prison.
Est-ce vraiment ainsi que l’on entend réhabiliter la mémoire et honorer ceux qui bâtissent le Gabon ?
Il ne s’agit pas ici de nier les responsabilités éventuelles de chacun dans les retards du chantier. La justice doit faire son travail et établir les responsabilités. Mais il existe une autre justice, celle de la mémoire.
Car les hommes peuvent oublier un nom dans un discours. Ils peuvent omettre de citer un architecte dans une cérémonie. Ils peuvent même s’approprier symboliquement la beauté d’une œuvre.
Mais l’histoire, elle, finit toujours par retrouver les véritables bâtisseurs.
Un jour, lorsque les discours auront disparu et que les projecteurs se seront éteints, quelqu’un demandera : qui a conçu cette œuvre ? Qui a passé des nuits, des jours et des mois à lui donner forme ?
Et alors, le nom de Mauro Nguema devra ressortir.
Dieu sait qui a bâti. Les hommes finiront par le savoir.
Car une nation qui veut honorer sa mémoire ne peut pas seulement célébrer les monuments. Elle doit aussi rendre justice à ceux qui les ont conçus.






