Présenté comme un tournant décisif pour l’université gabonaise, le programme « un étudiant, un ordinateur », lancé ce samedi 18 octobre au Palais des sports de Libreville par le Président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, accompagné de son épouse Zita Oligui Nguema, vise à réduire la fracture numérique, promouvoir l’inclusion digitale et stimuler l’innovation. La première phase prévoit la distribution de 5 000 ordinateurs sur un total de 10 000. Mais derrière cette belle vitrine d’ambition et de modernité, des voix s’élèvent pour dénoncer un projet mal pensé, déconnecté des réalités universitaires. Pire encore, certains soupçonnent qu’il cache les manœuvres de réseaux mafieux, bien décidés à profiter de la confiance du Président pour s’enrichir sur le dos de l’État, à coups de ristournes et de contrats arrangés.
Le gouvernement vient d’annoncer la distribution de ces ordinateurs aux étudiants gabonais. Un geste qui, à première vue, semble généreux et moderne. Mais dans les couloirs des universités, beaucoup peinent à comprendre ce choix. Car pendant que les caméras immortalisent la remise des ordinateurs, la réalité des campus gabonais est tout autre, bien plus dure et silencieuse.
À l’Université des Sciences et Techniques de Masuku, certains étudiants dorment à même le sol, quinze dans une chambre prévue pour quatre. D’autres attendent encore leurs résultats de fin d’année, bloqués à cause d’un simple logiciel défectueux. Les enseignants, eux, réclament leurs arriérés pédagogiques et dénoncent des conditions d’enseignement de plus en plus dégradées. Pendant ce temps, le pays dépense des millions pour offrir 5 000 ordinateurs à une poignée d’étudiants.
Un beau geste ? Peut-être. Mais certainement pas la priorité. De nombreux citoyens y voient un simple coup de communication, une façon de faire du bruit pendant que les vrais problèmes s’aggravent. « Offrir des ordinateurs alors que les étudiants dorment au sol, c’est se tromper de combat », lâche un étudiant, amer.
Et que vont penser les professeurs, eux qui attendent toujours l’apurement intégral de la dette pédagogique et l’amélioration de leurs conditions de travail ? Comment parler d’ordinateurs quand les campus et les salles de classe manquent encore d’une connexion Internet fiable ? Beaucoup de ces enseignants, qui continuent d’assurer leurs cours malgré tout, se sentent oubliés, mis à l’écart des priorités nationales.




Le lancement du programme « un étudiant, un ordinateur »
Beaucoup estiment que le Chef de l’État est mal conseillé. Autour de lui, certains préfèrent lui montrer une image embellie de la réalité plutôt que de lui dire la vérité. On lui fait croire que le progrès, c’est construire des immeubles, des autoroutes, des monuments. Mais un vrai bâtisseur, c’est celui qui place l’homme au centre de son œuvre. Bâtir un pays, ce n’est pas seulement ériger des bâtiments, c’est élever des citoyens : leur donner une éducation digne, un logement décent, un emploi et la fierté d’appartenir à une nation qui les respecte.
Le Chef de l’État, en approuvant ce projet, a sans doute agi avec bonne foi. Mais il a été jeté dans la gueule du loup par ceux qui ont imaginé cette opération et qui, sous prétexte d’innovation, ont détourné l’attention des vraies urgences. Il leur a fait confiance, et cette confiance a été mal placée.
Derrière ce projet pompeux, certains observateurs avancent que le Chef de l’État s’est fait piéger par des magouilleurs qui ne pensent qu’à leur propre enrichissement. Il ne serait pas surprenant que cette affaire cache une grosse ristourne. Qui a choisi le fournisseur ? Combien a-t-il touché sur cette commande ? 5 000 ordinateurs, c’est une opportunité en or pour faire du profit. Et le plus grave, c’est que le Président n’aura sans doute aucun moyen de vérifier si tous ces ordinateurs ont réellement été distribués.
Un gros business, selon plusieurs sources, pour ceux qui ont poussé le président Oligui à valider ce projet bancal. Dans tous les cas, le Chef de l’État a été mal conseillé, sans doute à cause des intérêts personnels de ceux qui ont piloté le dossier. Ce ne serait pas la première fois que des personnes ternissent l’honneur du Président en le plaçant dans des situations délicates, se cachant ensuite derrière son autorité pour couvrir leurs erreurs.
Pendant que l’État dépense des fortunes dans des projets de prestige, des jeunes gabonais dorment à même le sol et étudient dans des conditions indignes. Cette image, triste et choquante, reflète un fossé entre le discours et la réalité. Le geste des 5 000 ordinateurs ne résout rien : il détourne simplement le regard du public.
Monsieur le Président, vos intentions sont peut-être bonnes, mais on vous ment. Le peuple, lui, voit et comprend. Il ne réclame pas le buzz, il réclame le bon sens. Car un pays ne se construit pas avec des slogans, mais avec des priorités humaines. Et tant que nos universités seront des lieux de survie au lieu d’être des lieux de savoir, aucun ordinateur, aussi performant soit-il, ne pourra changer le destin du Gabon.












