Le 5 juillet 2025, au Palais des Sports de Libreville, Brice Clotaire Oligui Nguema lançait en grande pompe l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), affirmant bâtir « un Gabon inclusif et tourné vers le développement ». Mais derrière cette déclaration séduisante se cache une inquiétante réalité politique. Le projet UDB incarne-t-il réellement une rupture avec les pratiques anciennes ou s’agit-il, comme l’affirme Jean Kevin NGADI, analyste politique engagé, d’un simple retour du parti-État à la sauce Oligui ? La problématique est posée : l’UDB est-elle une opportunité démocratique ou un habillage moderne d’un système obsolète ?
I. Une architecture politique calquée sur le PDG d’Omar Bongo : la critique fondée de Jean Kevin NGADI
Jean Kevin NGADI ne mâche pas ses mots : « Loin de rompre avec les pratiques du passé, l’UDB reproduit, presque point par point, le modèle du Parti démocratique gabonais (PDG) d’Omar Bongo ». Cette affirmation repose sur des faits clairs. L’organigramme du parti est dominé par d’anciens cadres du PDG, comme Paul Biyoghé Mba ou encore Brice Laccruche Alihanga. Ce recyclage massif ne traduit ni renouvellement ni audace politique.
NGADI va plus loin : il dénonce « un appareil pyramidal, centré sur le chef et ses fidèles, [qui] laisse peu de place à l’innovation ou au renouvellement. » En d’autres termes, l’UDB semble davantage conçu pour verrouiller le pouvoir que pour démocratiser les idées. Ce constat relance un débat fondamental : peut-on bâtir un État moderne sur des fondations politiques héritées du système clientéliste ?
II. Une logique d’allégeance plus qu’une adhésion idéologique : le retour de la peur et du calcul
« Pour travailler, il faut être à l’intérieur », rapporte Jean Kevin NGADI, citant un jeune cadre politique. Cette petite phrase résume à elle seule l’esprit de ralliement opportuniste qui prévaut autour de l’UDB. Le parti devient un sas obligé pour quiconque souhaite une carrière publique, tout comme le PDG l’était hier.
NGADI alerte sur les conséquences : « Cette logique de ralliement forcé n’a jamais permis d’améliorer les politiques publiques ni la vie des populations. » Il rappelle que ce système d’allégeance empêche l’émergence d’idées novatrices et entretient la paralysie institutionnelle. Autrement dit, l’UDB agit déjà comme un frein à l’intelligence collective, au lieu d’être un catalyseur du changement.
III. Un parti-État au cœur d’une économie vulnérable : le risque d’une gouvernance à courte vue
Selon Jean Kevin NGADI, les conséquences géostratégiques du retour au parti-État sont préoccupantes. Il cite la forte dépendance du Gabon à un triptyque d’exportations – pétrole, bois, manganèse – qui le rend structurellement vulnérable, notamment vis-à-vis de la Chine. Il accuse le système politique actuel de favoriser la loyauté dans les filières stratégiques, plutôt que la création de valeur locale.
Ainsi, la centralisation politique incarnée par l’UDB mettrait en péril non seulement le débat démocratique, mais aussi la diversification économique. Pour NGADI, la mainmise du politique sur l’économique empêche les réformes de fond et l’émergence de véritables politiques de développement.
IV. L’alerte à la jeunesse : sortir du réflexe carriériste pour innover politiquement
Jean Kevin NGADI pose une question cruciale à la jeunesse gabonaise : « Après Oligui Nguema, que restera-t-il de l’UDB ? » Une interrogation lourde de sens, tant l’histoire du Gabon montre que les partis présidentiels s’effondrent avec leurs fondateurs.
Pour l’analyste, les jeunes doivent refuser de devenir des figurants dans un système sans avenir : « Ils doivent bâtir leurs propres plateformes, créer des collectifs indépendants, porter des idées avec courage et compétence, et refuser le recyclage politique. » Cette injonction n’est pas idéologique, elle est existentielle : l’avenir du Gabon ne pourra se construire que si une nouvelle génération s’émancipe des réflexes d’allégeance.
UDB : un mirage d’unité ou un piège de plus ?
En définitive, à travers l’analyse de Jean Kevin NGADI, l’UDB apparaît moins comme un projet de société que comme une reconduction des vieilles méthodes politiques sous un vernis de renouveau. Loin de porter une vision claire, ce parti semble voué à centraliser, neutraliser et verrouiller.
La jeunesse gabonaise, selon NGADI, a le devoir historique de « bâtir ailleurs, à ciel ouvert », en s’appuyant sur des idées, des données concrètes et une éthique de responsabilité. Car comme le conclut l’analyste : « L’UDB n’est pas l’irruption d’un courant idéologique nouveau ; il incarne plutôt la reconduction d’une méthode : celle de la majorité sans projet. »
Le Gabon a besoin de bâtisseurs, certes, mais de bâtisseurs d’idées, et non de courtisans.
Par la Rédaction de Super Star Magazine, à partir des analyses de Jean Kevin NGADI, analyste politique engagé et observateur de la vie publique gabonaise.












