L’affaire Sima Mboula, ce chanteur qui a vu sa détresse médicale transformée en un spectacle de compassion publique, cristallise un malaise profond dans le monde artistique gabonais. Foudroyé par un AVC, l’artiste a bénéficié d’une chaîne de solidarité sans précédent, orchestrée par des proches comme Princess 12 et amplifiée par des médias tels que le magazine Super Star, des soutiens anonymes, des personnalités publiques, ainsi que des associations comme SOS AVC, dirigée par Délia Bilouni. Ossimane, quant à lui, a remis une enveloppe de plus de quatre cent mille francs à l’artiste, dans une discrétion exemplaire, sans en faire état publiquement. Cependant, cette vague d’aides a rapidement pris un goût amer, transformant une situation d’urgence en une campagne d’exposition outrancière.
L’artiste a bénéficié d’une chaîne de solidarité sans précédent, orchestrée par des proches tels que Princess 12, Délia Bilouni, Ndong Mboula, Eric Otsétsé, ainsi que le magazine Super Star, qui ont diffusé sans relâche la situation de l’artiste.




Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montraient Sima Mboula suppliant le président Brice Clotaire Oligui Nguema dans une mise en scène où il chantait, marchait difficilement, mais manifestement conscient et lucide. Ce “matraquage médiatique”, comme beaucoup l’ont qualifié, a suscité autant de compassion que de gêne. Comment comprendre qu’un artiste, déjà secouru au-delà de ce que d’autres dans sa situation auraient pu espérer, continue de solliciter l’aide avec autant d’insistance ?
Le comble de ce scénario s’est joué lorsque le président lui-même, dans une séquence immortalisée, a pris la main gauche de l’artiste pour marcher à ses côtés. Une image forte, mais révélatrice d’un malaise : Sima Mboula ne représentait plus un cas d’urgence vitale, mais un symbole d’assistanat perpétuel.
Cette affaire met en lumière un problème récurrent dans le milieu artistique gabonais : la dépendance à des dons individuels au détriment d’une quête d’autonomie et de dignité. Ndong Mboula, Sima Mboula et d’autres figures du Woleu-Ntem se sont tristement illustrés par des appels publics à l’aumône pour financer leurs mariages, leurs soins ou d’autres besoins personnels. Une pratique qui jette une ombre sur le statut même d’artiste, censé incarner l’excellence et l’inspiration.
L’association Ossimane, attentive à la situation de Sima Mboula, a remis une enveloppe de 400 000 francs, en plus des contributions généreuses de nombreux cadres et hommes politiques du Woleu-Ntem et d’ailleurs, qui ont versé des sommes considérables à l’artiste. Pourtant, malgré cette avalanche de soutiens financiers, dont il s’est bien gardé de parler, Sima Mboula n’a cessé de clamer sa détresse directement à l’attention du Président de la République, un objectif qu’il a finalement atteint. Une stratégie habilement calculée ou un cri du cœur ? À chacun d’en juger !


À l’opposé, des artistes comme Princess 12, après son grave accident de voiture, ou Alexis Abessolo, lors de son traitement en France, ont su préserver leur honneur en s’assumant pleinement sans demander de l’aumône . Pourquoi certains, à l’image de Mackjoss, Pierre Claver Nzeng, Omar Defunzu….réussissent-ils à construire un patrimoine grâce à leur art, tandis que d’autres se complaisent dans une posture de dépendance ?
Le président Oligui Nguema, bien que loué pour sa générosité, est également pointé du doigt pour sa politique de soutien artistique. L’octroi de véhicules, maisons et autres cadeaux individuels à certains artistes comme Manitou ou Ndong Mboula crée une perception d’injustice et de favoritisme. Ces gestes ponctuels, bien que louables sur le plan humain, entretiennent une culture de la mendicité et de l’exhibition publique.
Si l’on veut véritablement redresser la situation, il est impératif de repenser le modèle de soutien à l’artiste gabonais. Plutôt que de perpétuer des pratiques de charité publique, il faudrait envisager des solutions pérennes telles que :
– Créer une cité des artistes, accessible à des prix symboliques, pour leur offrir un cadre de vie digne.
– Instaurer les droits d’auteur pour garantir une autonomie financière aux artistes.
– Investir dans des infrastructures culturelles, comme des salles de spectacle ou des festivals, pour promouvoir le talent local et international.
– Soutenir la formation et l’émergence des jeunes artistes, afin de les éloigner des logiques clientélistes.
L’artiste gabonais doit retrouver le chemin de l’excellence. Plutôt que de chercher des mécènes parmi les puissants, il doit aspirer à briller sur les scènes internationales, à exporter son art et à inspirer les générations futures. La phrase souvent répétée : « L’artiste ne vit pas de son art au Gabon » est un faux prétexte. De nombreux exemples prouvent que la réussite est possible avec du talent et de la persévérance.
L’affaire Sima Mboula est un rappel brutal des dérives d’un système où la dignité artistique est sacrifiée sur l’autel de l’assistanat. Pour que ces pratiques cessent, il est temps que les artistes, les autorités et le public exigent un changement de paradigme. Le Gabon mérite des artistes qui brillent par leur talent, et non par leurs supplications.












