Le communiqué publié par la faction du Parti Démocratique Gabonais (PDG) conduite par Ali Akbar Onanga Y’Obegue, en date du 6 juillet 2025, suscite autant d’indignation que de perplexité. À le lire, on croirait que les anciens dignitaires du régime Bongo se sont soudainement mués en fervents défenseurs des droits humains, des libertés fondamentales, et de l’État de droit. Une posture à la fois ironique et insultante pour la mémoire collective des Gabonais, tant ce parti est historiquement associé à près d’un demi-siècle d’abus, de prédation, de violences politiques et d’injustices institutionnalisées.
Ali Akbar Onanga, ancien ministre et fidèle parmi les fidèles du régime Bongo, dénonce aujourd’hui « la torture », « la manipulation judiciaire », « les confiscations arbitraires de biens », et « les arrestations politiques ». Des pratiques qu’il qualifie à juste titre de graves violations des droits humains. Mais ce soudain sursaut de conscience aurait été plus crédible… s’il ne provenait pas des mêmes personnes qui ont cautionné, pratiqué ou gardé un silence complice pendant que le peuple gabonais subissait, pendant des décennies, exactement voire pire ce qu’ils dénoncent aujourd’hui.
Qui a oublié les rafles contre les opposants lors des périodes électorales, notamment en 2009 et en 2016 ? Les morts de Port-Gentil ? Les arrestations arbitraires de figures de la société civile comme Marc Ona Essangui, ou encore les nombreux journalistes et lanceurs d’alerte réduits au silence, menacés, ou envoyés en exil ?
Faut-il rappeler que Noureddin Bongo Valentin, que le PDG dépeint aujourd’hui comme une victime, était surnommé « le petit président » dans les cercles du pouvoir, multipliant les missions, les dossiers sensibles et les abus d’autorité sans jamais rendre de comptes ? Que la Gabon Oil Company, le Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques (FGIS) et d’autres structures étaient des coffres opaques aux mains d’une poignée d’initiés liés au clan présidentiel, pendant que les hôpitaux manquaient de pansements et que les enseignants manifestaient pour leurs salaires ?
Pendant près de 50 ans, le PDG a bâti un régime de peur, de clientélisme et d’impunité. Les témoignages sur les arrestations arbitraires, la torture au B2 (services de renseignement), ou les intimidations contre les familles d’opposants sont nombreux et documentés.
- En 2016, suite à l’élection présidentielle contestée, la résidence de Jean Ping fut encerclée, son quartier militarisé, et plusieurs personnes tuées lors de l’assaut du QG de campagne.
- Des ONG comme Human Rights Watch et Amnesty International ont régulièrement dénoncé les violences policières, les détentions illégales, les procès expéditifs et les disparitions suspectes sous le régime Bongo.
- Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les défenseurs des droits humains avait même tiré la sonnette d’alarme en 2018, pointant les restrictions aux libertés d’expression et d’association.
Aujourd’hui, ces anciens dignitaires découvrent avec émotion la souffrance, la détention sans jugement, la brutalité, les menaces. Ils réclament justice, transparence, indépendance judiciaire… Ce même vocabulaire que les Gabonais utilisent depuis des décennies pour dénoncer leur règne.
Loin de nier la nécessité d’une justice équitable y compris pour les membres du régime déchu il est fondamental que cette demande vienne d’acteurs crédibles, non de ceux qui, hier encore, participaient à l’oppression. Que ce combat soit porté par des défenseurs des droits humains de longue date, des avocats, des magistrats intègres, des citoyens engagés, et non par ceux dont la seule motivation semble être la revanche politique et la reconquête du pouvoir perdu.
Ce communiqué du PDG s’inscrit donc moins dans une logique de justice que dans une tentative de réhabilitation politique, fondée sur une indignation sélective. Le peuple gabonais, qui a trop longtemps souffert des abus de ce parti, ne se laissera pas berner. Il réclame aujourd’hui une rupture réelle avec les pratiques d’hier qu’elles soient commises par les anciens ou par les nouveaux dirigeants.
Oui, toute torture, tout abus, toute dérive autoritaire doit être dénoncé. Mais encore faut-il que ceux qui le font aient eux-mêmes les mains propres.
Le PDG d’Ali Akbar Onanga joue une partition dangereuse : celle du bourreau reconverti en victime. Cette stratégie de victimisation opportuniste ne peut ni masquer leur passé, ni faire oublier leurs responsabilités dans la ruine morale, sociale et économique du pays. Le combat pour la vérité et la justice au Gabon est trop sérieux pour être récupéré par ceux qui, hier encore, en étaient les principaux fossoyeurs.











