À Minvoul, une femme brandit la Bible et accuse l’Iboga d’avoir détruit sa famille. En face, l’activiste Bitome ne laisse rien passer. Citations contre citations, émotions contre accusations, ce face-à-face devient une véritable autopsie d’un conflit profond entre tradition et modernité.
Tout commence par une parole chargée de douleur. Devant les tombes familiales, la femme témoigne :
« On lui a dit d’aller manger l’Iboga pour avoir des chances dans la vie… Il a piqué une crise de folie… Il a fait près de dix ans de folie. »



En haut, de gauche à droite : l’activiste Bitome et la prophétesse qui accuse l’Iboga d’avoir détruit sa famille.
Le ton est grave. Le récit est précis. L’accusation est directe : l’Iboga aurait détruit un destin, transformé un jeune homme en malade mental, jusqu’à sa mort.
Mais très vite, Bitome entre en scène. Et il ne répond pas avec prudence, mais avec une offensive frontale.
Première attaque : la cohérence du témoignage.
Il interpelle :
« Il y a plein de tombes… mais tu ne parles que de deux morts que tu lies à l’Iboga. Et les autres ? Donne-nous aussi leurs causes ! »
Par cette question, Bitome ne nie pas le drame. Il cherche à démonter ce qu’il considère comme une accusation sélective, presque orientée.
Deuxième charge : la responsabilité familiale.
Son ton devient accusateur :
« Tu as une Bible en main… mais quand ton petit-frère est devenu fou, ta Bible était où pour le soigner ? »
Ici, le débat change de nature. Ce n’est plus seulement l’Iboga qui est jugé, mais aussi la crédibilité de ceux qui le condamnent. Bitome renverse l’accusation : ceux qui dénoncent aujourd’hui n’auraient pas agi hier.
Troisième point, encore plus explosif : la question du contexte social.
Il insiste :
« Il cherchait la vie… mais vous étiez où pour lui donner du travail, pour l’aider ? »
Sous-entendu : l’Iboga n’est pas la cause première, mais la conséquence d’un abandon, d’un désespoir, d’un manque de perspectives.
Mais la femme, elle, ne parle pas de théorie. Elle parle d’un vécu.
Elle évoque une initiation, une crise incontrôlable, des années de souffrance.
Elle ne cherche pas à débattre. Elle alerte.
Et c’est précisément là que le choc devient brutal.
Car Bitome, en défenseur de la tradition, refuse que l’Iboga soit réduit à un poison. Il le martèle même implicitement en montrant ses propres plants :
« Voici l’Iboga… c’est planté chez moi. »
Un geste symbolique fort : normaliser, banaliser, revendiquer.
Mais cette démonstration suffit-elle à effacer les drames évoqués ?
Rien n’est moins sûr.
Ce face-à-face révèle une fracture dangereuse.
- D’un côté, une parole émotionnelle, incarnée, nourrie par la souffrance et l’expérience directe.
- De l’autre, une défense idéologique, identitaire, presque politique de la tradition.
Bitome soulève des questions légitimes : sélection des faits, responsabilités familiales, instrumentalisation religieuse.
Mais il prend aussi un risque : celui de minimiser des dérives bien réelles.
Car oui, l’Iboga peut être un patrimoine.
Mais mal encadré, il peut aussi devenir un danger.
À Minvoul, il ne s’agit plus seulement d’un témoignage contre une réponse.
C’est un procès public entre deux visions du monde.
Mais au milieu de ce duel, une vérité dérange persiste :
ni la Bible… ni l’Iboga… ne remplacent la responsabilité humaine.
Et tant que ce débat restera un combat de camps,
ce sont toujours les plus fragiles qui en paieront le prix.






