Bienvenue au cabaret judiciaire made in Gabon, où la Cour constitutionnelle s’improvise magicienne : un coup de baguette par ici, on invalide ; un autre par là, on valide. C’est le grand art du prestidigitateur en robe noire. Et cette fois, le spectacle a trois vedettes : RÉAGIR, le PDG et l’UDB.
Dans le rôle du condamné, RÉAGIR. Ce parti, embourbé dans ses querelles de leadership, se voit foudroyé par une décision implacable. Comme le rappelle Maître Marlène Fabienne Essola Efountame : « Toutes les candidatures issues de ce parti ont été invalidées, au motif qu’aucune légitimité claire n’était établie ». La sentence tombe comme un couperet. Pas de pitié, pas de discussion. On exécute.
Dans le rôle de l’enfant chéri, le PDG. Pourtant, même scénario : deux camps rivaux, la même pagaille interne, la même absence de légitimité. Mais là, miracle ! La Cour se transforme en maman poule et couve tendrement ses poussins. Résultat ? « Une situation identique secoue le Parti Démocratique Gabonais (PDG), et pourtant, les candidatures du PDG ont été validées », dénonce l’avocate. Comprenez la logique : RÉAGIR, trop petit, on l’écrase ; le PDG, encore influent, on le cajole.
Et puis arrive l’UDB, dans le rôle du miraculé. La loi électorale est pourtant claire : il faut quatre mois de démission d’un parti avant de se présenter ailleurs. Or, comme le souligne Essola, « la majorité des candidats UDB, anciens membres du PDG, n’ont pas respecté ce délai. Juridiquement, leurs candidatures étaient donc irrecevables. Mais, contre toute attente, ces recours ont été retirés et toutes les candidatures de l’UDB ont été validées ». Voilà une justice express, taillée sur mesure, comme un costume de luxe sorti tout droit d’une boutique italienne.
Alors, pourquoi la même règle sert-elle à décapiter RÉAGIR, à caresser le PDG et à canoniser l’UDB ? Parce que chez nous, la justice n’est plus une balance, c’est un instrument de musique. On joue une partition différente selon le client : marche funèbre pour RÉAGIR, berceuse pour le PDG, chant grégorien pour l’UDB.
Résultat ? Une Cour constitutionnelle qui semble être devenue un cirque ambulant. Des décisions qui changent selon la tête du client. Une institution qui n’inspire plus confiance, mais plutôt des éclats de rire mêlés de colère. « Ces contradictions fragilisent la confiance du peuple dans l’impartialité de la justice constitutionnelle et mettent en péril la crédibilité de nos institutions », alerte Maître Essola.
En clair : bienvenue au royaume du deux-poids deux-mesures, où la loi est un tissu élastique. Trop serré pour les uns, ajusté pour les autres, et miraculeusement extensible pour certains.
