Entre fausse rivalité et véritables complicités, le PDG et l’UDB orchestrent une mise en scène politique qui brouille les électeurs. Derrière leurs querelles affichées se cache une stratégie commune : préserver le système et piéger le vote des Gabonais.
Depuis plus d’un an, la scène politique gabonaise semble vouloir se réinventer. Pourtant, derrière les discours de rupture et les slogans du renouveau, une réalité saute aux yeux : les rapports troubles entre le Parti Démocratique Gabonais (PDG) et l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB) ressemblent davantage à une stratégie de survie qu’à une véritable opposition.
Officiellement, tout oppose le PDG et l’UDB. L’un se présente comme le parti historique, responsable d’un demi-siècle de gestion chaotique du pays. L’autre prétend incarner la dissidence, la critique et la nouveauté. Mais, en réalité, l’UDB est peuplée en majorité d’anciens « pédégistes » frustrés, mis à l’écart du sérail et aujourd’hui recyclés dans une opposition de circonstance. Ceux-là mêmes qui, hier, chantaient les louanges du système, se parent désormais d’habits de « résistants ». De son côté, le PDG continue de jouer sa partition en se drapant dans une humilité de façade. Pourtant, qui peut oublier les décennies de mépris, d’arrogance et de violences symboliques infligées aux Gabonais ?
Derrière les apparences, une vérité s’impose : PDG et UDB sont liés par une dépendance mutuelle. Chacun existe parce que l’autre continue d’exister. Si l’UDB avait réellement voulu effacer le PDG de l’échiquier, elle disposait d’armes juridiques pour le faire, en s’appuyant par exemple sur la jurisprudence issue du mouvement « Réagir ». Mais la volonté politique n’y était pas. De la même manière, le PDG, en dépit de ses rancunes envers ses anciens camarades passés à l’UDB, s’est bien gardé d’asséner le coup de grâce. Résultat : une comédie politique où l’on retire des recours devant la Cour Constitutionnelle d’un côté, pour mieux préserver l’équilibre de l’autre.
UDB-PDG , même papa , même maman
Au milieu de ce jeu de dupes, le président tire profit de cette rivalité contrôlée. En bon stratège, il entretient les deux camps, les fait cohabiter, et bénéficie de leurs querelles d’ego. Tel un chef de famille polygame qui maintient chacune de ses épouses sous contrôle, il veille à ce que ni l’une ni l’autre ne prenne le dessus, tout en profitant de leurs services respectifs. Ainsi, ceux qui espèrent un affrontement franc entre PDG et UDB se trompent. Le duel n’existe que dans les discours. Dans les faits, les deux partis servent la même cause : consolider le pouvoir central, même au prix d’un brouillage total de la lisibilité politique.
Les grands perdants de ce théâtre d’ombres restent les citoyens. Ballottés entre alliances locales, candidatures partagées et discours contradictoires, les électeurs peinent à comprendre la véritable ligne politique de ceux qui sollicitent leurs suffrages. On leur demande de choisir entre deux formations qui, au fond, s’accordent tacitement pour perpétuer le même système. C’est pourquoi il est urgent que les Gabonais cessent d’être les spectateurs résignés de ces manœuvres politiciennes. Le vote ne doit plus être une validation aveugle des calculs d’appareil, mais un instrument de sanction.
Si PDG et UDB ne sont que les deux faces d’une même médaille, alors persister à voter pour eux revient à prolonger indéfiniment un système qui refuse de mourir. Il est temps pour l’électeur gabonais de rejeter ce simulacre et d’exiger des alternatives véritables. Sinon, autant assumer ouvertement le retour au parti unique, rebaptisé pour la circonstance « Parti Unique Présidentiel », puisque la pluralité n’a plus qu’une valeur décorative.
La démocratie gabonaise ne peut se réduire à un ballet d’anciens camarades fâchés qui se disputent l’héritage d’un même système. L’avenir du pays se joue ailleurs : dans la capacité des citoyens à démasquer les illusions, à refuser les alliances contre nature, et à imposer par leur vote une nouvelle génération politique. Sans cela, la République restera prisonnière d’une mise en scène où tout change pour que rien ne change.
