On ne va pas tourner autour du pot : le discours de la Première Dame aurait dû être meilleur. Beaucoup meilleur.
Zita Oligui Nguema n’est pas n’importe qui. Elle n’est pas une figurante dans le décor du pouvoir.
C’est une femme qui a conquis le cœur des Gabonais non pas par des mots, mais par son charisme, sa douceur, sa présence auprès des plus vulnérables. Une femme discrète, sobre, rare dans la prise de parole, mais généreuse dans l’action : c’est cela, Zita.
Alors oui, on était en droit d’attendre autre chose.
On attendait un discours à son image, pas un texte fade, sans émotion, où on reconnaît plus la main d’un communicant épuisé que celle d’une femme de terrain.
La Zita que les Gabonais aiment n’était pas au rendez-vous
Où était la chaleur humaine habituelle ?
Où était ce regard compatissant qu’elle pose sur ceux qui souffrent ?
Où était cette humilité, cette proximité, cette sincérité qui ont construit sa réputation ?
Ni dans les gestes, ni dans les mots, ni dans le ton, l’émotion n’était au rendez-vous.
On avait l’impression d’écouter la Première Dame d’un autre pays, pas celle que le peuple a adoptée.
Zita est plus à l’hôpital qu’au podium, plus dans les quartiers que dans les micros, plus dans l’action que dans la parlote.
Son discours aurait dû refléter cette dimension humaine, cette fibre maternelle, cette qualité de “mère de la Nation” qu’on lui reconnaît volontiers.
Ils ne l’ont pas fait.
Et la vidéo n’a rien arrangé: une déshumanisation inquiétante
Pire encore : la vidéo du discours a achevé de rompre le lien émotionnel.
Le regard de la Première Dame, figé, non expressif, semblait ne pas correspondre à la force des mots prononcés.
On voyait une femme qui lisait, pas une femme qui sentait.
On voyait un message, pas une présence.
Les changements visibles de plans, les enchaînements mal agencés, donnent l’impression d’un montage bricolé, presque amateur.
Les séquences s’enchaînent comme si plusieurs prises avaient été recollées à la hâte, sans cohérence visuelle, sans fluidité émotionnelle.
Et que dire du décor ?
Pour un discours solennel d’une telle dimension, le cadre frise l’insulte.
On parle ici de la Première Dame du Gabon, pas de la présidente d’une petite association filmée dans un bureau quelconque.
Le fond ne colle ni au statut, ni au message, ni à l’instant.
Résultat : une vidéo qui déshumanise Zita, qui l’éteint plutôt qu’elle ne la révèle.
La faute revient clairement à sa communication, qui navigue en roue libre
Là aussi, il faut dire la vérité :
la communication de la Première Dame est un vaste chantier abandonné.
- Pas d’objectifs clairs.
- Pas de stratégie.
- Pas d’équipe solide.
- Pas de professionnalisme.
- Pas de motivation dans les rangs.
Même la presse qui lui est affiliée est traitée comme une annexe sans importance :
mal payée, mal considérée, contractualisée “en monnaie de singe” sur des accords tacites bricolés à la va-vite, comme si on parlait de bénévoles déguisés.
Comment, dans ces conditions, produire une communication cohérente, humaine et efficace ?
Réponse : on ne peut pas.
Et cela se voit.
Et cela s’entend.
Et cela commence à coûter cher à l’image de Zita.
Heureusement, Zita est aimée. Mais l’amour du peuple n’est pas infini.
Zita Oligui Nguema
Aujourd’hui, la Première Dame bénéficie encore d’un capital précieux :
le peuple l’aime, et c’est le peuple qui fait sa communication.
Sa gentillesse, sa discrétion, son engagement parlent pour elle.
Mais rien n’est éternel.
Car pendant que l’image du Président s’effrite: promesses non tenues, misère croissante, injustices qui rappellent les pires heures des Bongo, le regard du peuple change.
Et lorsque le château du pouvoir commence à trembler, personne n’est épargné, pas même la Première Dame.
Si rien n’est fait, Zita sera attaquée, critiquée, caricaturée, instrumentalisée.
Et cette fois, le peuple ne se lèvera peut-être plus pour la défendre.
Il est temps d’agir et tout de suite.
La communication de la Première Dame doit être entièrement revue :
- Une équipe compétente et structurée,
- Des communicants sélectionnés pour leur compétence, pas pour leur amitié,
- Une presse traitée avec décence,
- Une stratégie alignée sur la véritable personnalité de Zita.
Parce qu’aujourd’hui, le dernier discours laisse à désirer.
Et demain, si rien n’est corrigé, c’est toute l’image d’une femme appréciée qui peut vaciller à cause d’une équipe qui ne reflète ni son cœur, ni sa valeur, ni sa proximité avec les Gabonais.
Par Rhonny Placide Obame Assoumou : diplômé d’études supérieures en communication des entreprises, des collectivités locales et services publics. Enseignant de communication.
