Le sénateur Prince Johnson, figure controversée du Liberia, est décédé le 28 novembre 2024 à l’âge de 72 ans, au Hope for Women Hospital à Paynesville. Ancien chef rebelle et sénateur depuis 2006, il représentait le comté de Nimba, où il a joué un rôle clé dans l’élection du président Joseph Boakai. Mais derrière cette carrière politique se cache un homme dont la cruauté a marqué l’histoire du Liberia de façon indélébile.
Prince Yormie Johnson est surtout connu pour les atrocités commises lors de la Première guerre civile libérienne (1989-1996). Son nom reste à jamais associé à des actes de barbarie qui ont choqué le monde. En 1990, il capture le président Samuel Doe, alors en pleine guerre de pouvoir avec les forces rebelles de Charles Taylor. Ce qui suit reste l’un des épisodes les plus effroyables de l’histoire contemporaine du Liberia.
Les images de Samuel Doe, torturé et humilié sous l’œil des caméras, ont fait le tour du monde. Johnson, en maître de cérémonie macabre, mène l’interrogatoire en sirotant une bière, tandis que le président déchu, ensanglanté, supplie pour sa vie. Le supplice se termine par l’exécution brutale de Samuel Doe, dont le cadavre est exhibé dans les rues de Monrovia. Cette scène d’une cruauté inouïe n’était qu’un exemple parmi d’autres des méthodes de Johnson, qui a semé la terreur dans tout le Liberia.
Images d’archive révélant la cruauté de l’exécution de Samuel Ndoe par Prince Johnson








Prince Johnson n’a jamais exprimé de remords pour ses actes. Il s’est toujours opposé à la création d’un tribunal pour juger les crimes commis durant les conflits libériens entre 1989 et 2003. Pire encore, en 2008, il a admis sur RFI avoir participé à l’assassinat du président burkinabè Thomas Sankara en 1987, facilitant l’accession au pouvoir de Blaise Compaoré. Ces révélations n’ont fait qu’intensifier l’image d’un homme implacable, prêt à tout pour asseoir son pouvoir.
Les dernières images du bourreau avant sa mort .



Après son exil au Nigeria et sa conversion au christianisme, Johnson a réussi à se réinventer comme pasteur puis homme politique. De retour au Liberia, il est élu sénateur en 2005 et devient un acteur politique incontournable, jouant un rôle clé dans les élections successives de George Weah puis Joseph Boakai. Mais cette influence politique lui a assuré une impunité qui scandalise de nombreux Libériens. Pour eux, Johnson n’était pas seulement un sénateur, mais un chef de guerre resté impuni, symbole vivant des horreurs de la guerre civile.
La disparition de Prince Johnson marque la fin d’une époque douloureuse. Mais pour beaucoup, elle laisse un goût amer. Si certains le considèrent comme un faiseur de rois, pour d’autres, il reste avant tout un bourreau qui n’a jamais répondu de ses crimes. Le Liberia doit encore faire face aux démons de son passé, et la mort de Prince Johnson rappelle cruellement que la justice pour les victimes reste à ce jour inachevée.









