À quelques jours de l’arrivée d’Emmanuel Macron au Gabon, une question simple mais fondamentale se pose : pourquoi la jeunesse gabonaise devrait-elle aller l’accueillir ?
Et surtout : qu’a-t-elle réellement à y gagner ?
La réponse est claire, limpide, presque brutale : rien. Absolument rien.
Car derrière l’appel officiel à la mobilisation de la jeunesse, beaucoup voient une vieille recette politique : utiliser les jeunes comme décor, comme masse de figurants, comme foule photogénique destinée à flatter un visiteur étranger.
Une pratique poussiéreuse, héritée d’une époque où les peuples n’avaient pas voix au chapitre.
Cette époque est révolue.
1. Parce que la jeunesse gabonaise n’est pas un outil diplomatique
Pendant trop longtemps, les jeunes ont servi de levier communicationnel : on les aligne sur les trottoirs, on leur distribue des t-shirts, quelques billets, et l’on appelle cela “hospitalité”.
Mais la jeunesse gabonaise d’aujourd’hui est consciente, connectée, éduquée.
Elle refuse d’être l’accessoire d’une rencontre politique qui ne change rien à son quotidien.
2. Parce que Macron ne vient pas pour la jeunesse, mais pour des intérêts géostratégiques
Soyons honnêtes : Macron ne vient ni pour écouter la jeunesse, ni pour résoudre ses problèmes.
Il vient pour parler sécurité régionale, enjeux économiques, stratégie militaire, influence française.
Autrement dit : les sujets que les jeunes ne voient jamais se traduire en emplois, en infrastructures, en services publics.
Alors pourquoi se mobiliseraient-ils pour une visite qui n’a pas pour but de répondre à leurs besoins réels ?
3. Parce que la misère ne doit plus être cachée sous les tapis rouges
Eau coupée, délestages permanents, inflation record, chômage massif…
Le pays traverse une période difficile.
Et pourtant, on demande à cette même jeunesse, frappée de plein fouet par ces crises, d’aller chanter, danser, applaudir, sourire… pour faire joli sur les images de la télévision française.
Non.
La jeunesse refuse d’être complice du maquillage social.
4. Parce que l’époque de la “mobilisation payée” doit prendre fin
Il faut le dire franchement :
On mobilise souvent les jeunes avec 2 000, 3 000 ou 5 000 francs.
Un mépris silencieux.
Une humiliation enveloppée dans quelques billets.
Cette pratique doit mourir.
Et la seule manière de la faire disparaître, c’est que les jeunes disent :
“On ne se vend plus pour vos cérémonies politiques.”
5. Parce que les relations France–Gabon doivent être rééquilibrées
Accueillir Macron comme un sauveur, comme un roi, comme un père bienveillant venu inspecter ses anciens enfants coloniaux, c’est perpétuer une image dégradante du Gabon.
C’est donner l’illusion que le Gabon attend encore l’approbation de Paris pour exister.
Mais cette nouvelle génération n’est plus celle de 1960.
Elle veut une relation adulte, égalitaire, digne.
Pas des applaudissements orchestrés.
6. Parce que la jeunesse doit garder sa dignité
Aller applaudir un président étranger alors même que son propre pays peine à fournir :
- de l’eau,
- de l’électricité,
- des médicaments,
- des emplois,
- de la sécurité,
c’est perdre le fil des priorités.
La dignité, en politique, commence par un geste simple :
ne pas participer à ce qui vous réduit.
7. Parce que ne pas accueillir n’est pas un acte d’hostilité, mais de maturité
Refuser d’aller à l’aéroport, ce n’est pas insulter Macron.
Ce n’est pas insulter la France.
C’est envoyer un message clair :
“Nous ne sommes plus une foule mobilisable. Nous sommes des citoyens responsables.”
C’est affirmer que la jeunesse gabonaise veut être écoutée, consultée, respectée pas manipulée.
En réalité, la vraie question est simple :
Pourquoi Macron mériterait-il un accueil populaire que son propre peuple ne lui offre plus ?
La jeunesse gabonaise n’a aucune raison de jouer ce rôle.
Elle a un pays à construire, un avenir à inventer, une dignité à protéger.
Et cette dignité commence par un non.
Un non simple.
Un non ferme.
Un non historique.
Non, nous n’irons pas accueillir Macron.






