Alors que l’éducation nationale est déjà plongée dans une paralysie totale, conséquence d’une grève illimitée des enseignants du primaire et du secondaire maintenant des milliers d’enfants à la maison, un nouveau front social vient de s’ouvrir. Cette fois, c’est l’Université Omar Bongo qui entre dans la zone rouge.
Réuni en Assemblée générale le vendredi 16 janvier 2026, le Syndicat National des Enseignants-Chercheurs de l’Université Omar Bongo (SNEC-UOB) a officiellement annoncé le dépôt d’un préavis de grève, une décision lourde de conséquences dans un pays où toute la chaîne éducative vacille déjà dangereusement.
Le message est clair : après l’école, l’université pourrait à son tour s’arrêter.
Devant la presse, le président du SNEC-UOB, le professeur Mathurin Ovono-Ebe, a donné lecture du procès-verbal de cette Assemblée générale tenue dans la salle de Licence 2 du département des Lettres modernes. Une rencontre au cours de laquelle les enseignants-chercheurs ont dressé un constat alarmant du fonctionnement de l’institution universitaire.
D’entrée, le syndicat a rappelé les échanges intervenus lors de la réunion du 14 janvier 2026 avec le ministre de l’Enseignement supérieur, le professeur Charles Edgar Mombo, tout en saluant son volontarisme affiché. Mais pour le SNEC-UOB, les intentions ne suffisent plus : il faut désormais des actes concrets et immédiats.
Au cœur de la colère, la question des situations administratives et financières toujours en souffrance. L’Assemblée générale exige la mise en place urgente de commissions tripartites capables de régler définitivement ces dossiers, afin d’éviter à l’Université Omar Bongo de sombrer dans le même chaos que celui observé depuis plusieurs semaines à l’Éducation nationale.


Ci-dessus , images de la conference de presse
Mais c’est surtout la dette pédagogique qui cristallise la tension. Les chiffres révélés sont vertigineux.
Pour l’année universitaire 2022-2023, l’État doit encore 464 937 832 francs CFA aux enseignants-chercheurs. À cela s’ajoutent 567 696 932 francs CFA pour le second semestre de l’année 2024-2025.
À ce jour, sur une dette globale de plus de 737 millions de francs CFA, seuls 272 millions ont été payés, soit à peine un tiers. Une situation jugée intenable par le syndicat, qui a accordé un délai d’une semaine aux autorités universitaires pour apurer totalement la dette, faute de quoi la grève deviendra effective.
Le SNEC-UOB précise d’ailleurs que ce délai n’est qu’une réactivation du préavis déjà déposé le 7 octobre 2025 et resté sans réponse satisfaisante.
À cette crise financière s’ajoute une profonde précarité administrative. Depuis plus de deux ans, plusieurs postes clés demeurent vacants : vice-doyen à la Faculté des Lettres et Sciences humaines, directeurs de départements, directeur de la scolarité centrale, vice-recteur. Une situation que le syndicat considère comme l’une des causes majeures du dysfonctionnement chronique de l’université.
L’Assemblée générale a également dénoncé la situation jugée « juridiquement clandestine » de l’Institut des langues, fonctionnel depuis la rentrée 2025-2026 sans aucun texte réglementaire, sans cadre statutaire clair et sans véritables espaces pédagogiques. Le SNEC-UOB exige sa régularisation immédiate.
Autre point de crispation : le port d’uniformes imposé aux étudiants de la Faculté des sciences. Une décision vivement condamnée par les enseignants-chercheurs, qui exigent son arrêt immédiat, dénonçant une dérive contraire aux principes universitaires.
Enfin, les conditions matérielles de travail ont été décrites comme exécrables : salles insalubres, non éclairées, parfois fermées, rendant impossible l’application normale du système LMD qui impose une exploitation des salles de 8h à 21h.
C’est donc sur fond de colère, de lassitude et d’exaspération que le SNEC-UOB a officiellement notifié son préavis de grève au rectorat de l’Université Omar Bongo.
Une annonce qui tombe au pire moment.
Car pendant que les enseignants du supérieur menacent d’entrer en grève, les enseignants du primaire et du secondaire sont déjà engagés dans un mouvement illimité, gardant les enfants à la maison et paralysant totalement l’éducation nationale.
Du préscolaire à l’université, c’est désormais tout le système éducatif gabonais qui vacille.
Si aucune réponse forte n’est apportée rapidement par les autorités, le pays pourrait se retrouver face à une crise éducative sans précédent, où élèves, étudiants et familles paieraient une fois de plus le prix des lenteurs administratives et des promesses non tenues.
Le signal d’alarme est lancé.
Reste à savoir si le gouvernement l’entendra avant que l’école et l’université ne s’éteignent totalement.






