La vidéo avait de quoi bouleverser. En quelques heures, elle s’est propagée sur les réseaux sociaux, suscitant l’émoi et l’indignation de nombreux Gabonais. On y voyait le brigadier de police Christian Rodrigue Assogo, affecté dans la province du Haut-Ogooué, appeler au secours face à une situation sanitaire particulièrement alarmante.
Dans cette vidéo devenue virale, le policier exposait l’état extrêmement préoccupant de ses pieds, évoquant notamment la présence d’asticots dans ses plaies. Au-delà de l’aspect particulièrement difficile à regarder de ces images, c’est surtout la détresse d’un homme malade qui a profondément choqué l’opinion.
Le brigadier expliquait également ne plus être en mesure de faire face aux dépenses liées à ses soins, affirmant que son salaire avait été suspendu alors même qu’il se trouvait dans cet état de santé.
Une intervention présidentielle qui mérite d’être saluée
Face à cette situation, une réponse est finalement venue du sommet de l’État.
Selon une information attribuée à la Présidence de la République, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a donné des instructions afin que les services compétents de la Présidence veillent à l’évacuation sanitaire et à la prise en charge médicale diligente du brigadier.
« Sur instruction du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, les services compétents de la Présidence ont été saisis pour veiller à l'évacuation sanitaire et à la prise en charge médicale diligente du brigadier de police Christian Rodrigue Assogo, affecté dans la province du Haut-Ogooué, ce dernier fait actuellement face à de graves problèmes de santé. »
Cette décision est évidemment à saluer.
Lorsqu’un citoyen, et plus encore un agent de l’État ayant consacré une partie de sa vie au service public, se retrouve dans une situation aussi dramatique, l’État ne peut pas rester indifférent.
Le plus urgent est désormais de sauver Christian Rodrigue Assogo, de lui permettre d’accéder aux soins nécessaires et, si les médecins le jugent nécessaire, de procéder à son évacuation dans les meilleurs délais.
Il faut espérer que cette intervention présidentielle permettra à cet homme de retrouver la santé et, surtout, d’éviter des conséquences irréversibles.
Mais l’urgence médicale ne doit pas faire oublier l’autre question : comment en est-on arrivé là ?
Si la prise en charge médicale constitue aujourd’hui la priorité absolue, une autre question mérite désormais une réponse claire : comment un policier gravement malade a-t-il pu se retrouver dans une telle situation sans qu’une réponse institutionnelle appropriée ne soit apportée plus tôt ?
Et surtout, pour quelles raisons son salaire aurait-il été suspendu alors qu’il se trouvait dans un état de santé aussi préoccupant ?





Dans cette vidéo devenue virale, le policier exposait l’état extrêmement préoccupant de ses pieds, évoquant notamment la présence d’asticots dans ses plaies.
Cette question ne doit pas être balayée.
L’Inspection générale de la Police devrait, à notre sens, diligenter une enquête administrative complète et impartiale afin d’établir les faits, de déterminer les responsabilités et de comprendre la chaîne de décisions ayant conduit à cette situation.
Il ne s’agit pas de condamner à l’avance qui que ce soit. Il s’agit précisément de faire la lumière sur les responsabilités.
Qui a décidé de la suspension du salaire ?
Sur quel fondement ?
La hiérarchie était-elle informée de l’état de santé du brigadier ?
Des demandes d’assistance avaient-elles été formulées auparavant ?
Pourquoi aucune solution n’a-t-elle été trouvée avant que cette affaire n’arrive sur les réseaux sociaux ?
Autant de questions auxquelles l’enquête devra répondre.
Une responsabilité administrative qui doit être établie
Si les faits rapportés concernant la suspension du salaire et l’abandon allégué de cet agent sont confirmés, alors des responsabilités devront être recherchées au niveau de la chaîne hiérarchique.
La gravité de la situation impose de ne pas se contenter d’une simple prise en charge médicale.
Soigner Christian Rodrigue Assogo aujourd’hui est indispensable. Comprendre pourquoi il a été laissé dans cette situation l’est tout autant.
Il serait particulièrement regrettable qu’une fois l’émotion retombée et le policier évacué, plus personne ne cherche à savoir comment une telle situation a pu se produire.
L’État doit protéger ses agents lorsqu’ils servent la République. Et lorsqu’un dysfonctionnement administratif conduit potentiellement à mettre en danger la santé d’un agent, il est normal que les responsabilités soient recherchées.
Éviter que le drame ne devienne irréversible
Il y a également une autre dimension qu’il ne faut pas négliger : le coût humain et financier d’une prise en charge tardive.
Si l’état de santé du brigadier devait malheureusement entraîner la perte d’un ou de plusieurs membres, les conséquences seraient dramatiques d’abord pour l’homme et sa famille, mais également beaucoup plus lourdes pour la collectivité.
Une amputation peut entraîner des années de soins, de rééducation, d’appareillage, d’accompagnement psychologique et de réinsertion professionnelle.
Autrement dit, laisser se dégrader la situation d’un agent malade peut finalement coûter beaucoup plus cher à l’État que d’avoir assuré suffisamment tôt sa prise en charge médicale et administrative.
Mais au-delà des considérations financières, il y a surtout une question de dignité humaine.
Le président a répondu : il faut maintenant aller jusqu’au bout
Le geste du chef de l’État mérite donc d’être reconnu et salué. Brice Clotaire Oligui Nguema a entendu un appel au secours et a ordonné une intervention.
Il faut maintenant que cette intervention soit rapide, efficace et complète.
Et dans le même temps, il appartient aux structures compétentes de la Police nationale de faire toute la lumière sur les circonstances qui ont conduit le brigadier Christian Rodrigue Assogo à se retrouver dans cette situation.
Une évacuation pour sauver l’homme. Une enquête pour comprendre le système. Et, si des fautes sont établies, des sanctions à la hauteur des responsabilités.
C’est à cette double condition que cette affaire pourra véritablement connaître une issue digne : sauver Christian Rodrigue Assogo aujourd’hui, tout en faisant en sorte qu’aucun autre agent de l’État ne soit demain abandonné dans une situation comparable.
Les éventuelles responsabilités individuelles devront naturellement être établies par une enquête contradictoire, sur la base de faits et de documents vérifiés. De même, la qualification juridique d’une éventuelle « non-assistance à personne en danger » relève des autorités judiciaires compétentes et ne peut être présumée avant établissement des faits.






