C’est la dernière farce tragique de l’ancien régime : Ali Bongo, depuis son exil doré à Londres, tente de reprendre les rênes du Parti Démocratique Gabonais (PDG) à coups de nominations par téléphone. Mais l’équation est simple : le siège est occupé, le pouvoir a changé, et l’ère Bongo est terminée. Derrière la tentative de putsch intérieur, c’est une guerre d’ego sans avenir qui se dessine, dans un parti pourtant toujours incontournable… mais désormais aligné avec les nouvelles autorités.
Ali Bongo a peut-être perdu le pouvoir, mais pas ses vieux réflexes monarchiques. Depuis Londres, l’ancien président, déchu lors du coup d’État du 30 août 2023, persiste à se prendre pour le chef du PDG, comme s’il n’avait jamais quitté le fauteuil. Dernière trouvaille : nommer par décret divin Ali Akbar Onanga Y’Obegue comme Secrétaire général du parti, en remplacement de ceux élus lors du congrès de janvier 2025 à Libreville. Problème : le siège est occupé, les clés ont changé de main, et les policiers en faction ne sont pas là pour décorer.
Pendant ce temps, la direction actuelle du PDG, avec Blaise Louembé à la présidence et Angélique Ngoma au secrétariat général, continue d’exercer pleinement ses fonctions, bénie discrètement mais fermement par les nouvelles autorités. Cette équipe issue d’un congrès régulier a prêté allégeance à Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la Transition, affirmant publiquement son soutien à sa politique de redressement national.
Ali Bongo et sa clique, eux, veulent convoquer une réunion dans un siège qu’ils n’occupent plus. Leur plan ? Y aller ce 21 juillet 2025. S’ils sont bloqués, ils feront constater la chose… par huissier de justice. Oui, vous avez bien lu : un retour en grâce qui commencerait par un constat d’occupation de local. Pathétique ou comique ? À vous de juger.
Mais qu’on ne s’y trompe pas. Le PDG reste une machine politique solide, bien que blessée. Il concentre une base militante structurée et un réseau d’élus qui, même dévalués, n’ont pas tous déserté. D’ailleurs, près d’un tier des cadres actuels du gouvernement sont issus du PDG ou d’anciens membres de ce parti, preuve que le parti reste un levier que Brice Oligui Nguema ne peut ignorer.
Alors non, Ali Bongo ne reprendra pas ce siège par coup de fil, ni par nostalgie. Ce PDG nouvelle version, même recyclé, reste un outil stratégique pour le pouvoir actuel. Il s’est adapté, a tourné la page (du moins en façade), et n’a aucun intérêt à rouvrir la plaie bongoïste dans le dos du Président de la 5éme république.
Un bras de fer juridique se profile ? Peut-être. Une récupération du siège par Ali Bongo ? Très peu probable. Car au fond, ce n’est pas seulement une bataille de légalité, mais de légitimité et de stratégie politique. Et dans cette partie, Oligui Nguema a déjà choisi son camp. Il ne lâchera pas un instrument de pouvoir aussi important au profit d’un homme devenu simple spectateur à distance.
Ali Bongo peut donc continuer à téléphoner depuis Londres. Le siège du PDG, lui, ne répond plus.
