Notre rédaction était face à Paskhal NKOULOU, acteur politique, Président du Bloc Démocratique Populaire (BDP) et leader du collectif des partis politiques du Centre.
Question – Comment comprendre cette crise de l’énergie qui outre le Gabon, touche également d’autres pays à travers le monde ?
Paskhal NKOULOU : Bonjour et merci de m’offrir l’opportunité de m’exprimer sur cette question qui est liée au contexte géopolitique mondial. Ne pas prendre en compte cet aspect serait une grave erreur. Le 21ème siècle est marqué par une réorganisation géopolitique. L’ordre politique mondial né aux lendemains de la deuxième guerre mondiale est de plus en plus remis en cause par des nouvelles puissances économiques émergentes qui œuvrent pour un monde multipolaire.
La chine, la Russie et l’Inde sont les têtes de proue de cette rupture avec l’ordre ancien et à raison parce que leur poids économique et leur position dominante dans les nouvelles technologies les ont rendus indispensables pour maintenir fonctionnelle la production industrielle des pays européens et même des USA. La logique économique signifiant que c’est celui qui a le portefeuille lourd qui dicte la loi du marché. Ces batailles ou ces luttes d’influences géostratégiques économiques sont une des causes des turbulences observées dans la réduction drastique du pouvoir d’achat des consommateurs toutes catégories à cause de l’augmentation de l’inflation.
L’autre champ de bataille de cette guerre, c’est que, qui dit production industrielle de masse, dit consommation élevée d’énergie. C’est sur le front énergétique que les changements causés par la recomposition de l’ordre économique mondial pourraient avoir un impact négatif sur notre économie et sur notre quotidien.
Voilà le contexte général auquel s’ajoute les méandres de la gouvernance locale caractérisée par cinquante ans d’imprévoyance et d’abandon de la souveraineté aux mains de la mafia france-africaiine à travers les montages des contrats léonins sur l’exploitation du pétrole et des minerais stratégiques à l’avantage des entreprises occidentales et des membres du clan local au grand malheur des populations.
Question : Comment en sommes-nous arrivés cette situation et pourtant nous sommes détenteur de ressources pétrolières et ce depuis plus de soixante ans.
Paskhal NKOULOU : il faut dire les choses comme elles sont, il est vrai qu’au-delà de la conjoncture internationale et des perturbations des approvisionnements mondiaux en pétrole liées aux tensions autour du détroit d’Ormuz, enchérissent et raréfient le produit. Mais ce contexte n’explique pas tout. Il n’est qu’un révélateur. La cause profonde est ailleurs :
Cette énième crise révèle l’imprévoyance et l’incompétence de l’État sur une durée de plus de cinquante ans. Cette situation nous met face à la réalité d’être un pays potentiellement riche en ressources pétrolières, mais très dépendant sur le plan énergétique à cause des choix politiques opérés. Il est connu de tout le monde que Le régime d’Omar Bongo pour asseoir son long règne a bradé le pétrole et d’autres ressources stratégiques à la France, le scandale révélé par l’affaire Elf et les déclarations de monsieur BOURGUI sur la république des mallettes témoignent de l’ampleur du désastre. De plus de quarante années de production et d’exploitation pétrolière qui n’ont servi qu’à enrichir les multinationales françaises et les hommes politiques français.
Question : Les gabonais endurent depuis de longues dates, les pénuries d’eau potable et d’électricité. À ces deux calvaires s’ajoute aujourd’hui un troisième, tout aussi éprouvant : la pénurie de carburants. Comment dans un tel contexte parler de créer des industries pour transformer localement nos matières premières.
Paskhal NKOULOU : L’orientation prise par le Président de la république est irréversible, la transformation d’une partie ou de tout la production minière apporte une plus-value à notre économie et crée des emplois. La situation énergétique du moment est temporaire, des projets de construction de nouvelles centrales électriques sont entamés leur mise en fonction permettra de couvrir les besoins en électricité des entreprises et des ménages. La réorientation stratégique dans le secteur pétrolier par le rachat d’Asala, la réfection de la SOGARA et l’audit ordonné dans la chaine de gestion du pétrole, visent justement à parvenir à une réelle souveraineté pour protéger le citoyen et garantir la permanence de l’activité économique.





Ci-dessus , sans commentaire , la situation au Gabon .
Question : Les gabonais pensaient qu’avec la cinquième république les choses seraient différentes. Les nouvelles autorités ont promis rendre la dignité aux populations, mais on constate que les choses empirent ?
Paskhal NKOULOU : Le constat est vrai, parce que la gouvernance est plus transparente que sous les anciens régimes et il y aussi que le contexte international est soumis à de fortes turbulences économiques. Mais n’oublions pas que la 5e République hérite d’un passif accablant, dans le domaine de l’eau et de l’électricité, c’est incontestable : aucun effort sérieux n’a été consenti en faveur du renouvellement et de l’entretien des équipements de production et de transport. Une grande partie de cet appareillage est arrivée il y a belle lurette en fin de potentiel. Il souffre d’une vétusté avancée. C’est même un vrai miracle si les techniciens de la SEEG parviennent aujourd’hui à garder en état de fonctionnement cet outil en usant de beaucoup d’ingéniosité.
Mais revenons au sujet pour affirmer solennellement que la 5e République et son Chef ne sont coupables qu’au titre de la continuité de l’État. Voilà pourquoi elle doit aujourd’hui répondre aux Gabonais non pas de la faute originelle, mais de ce qu’elle entreprendra pour solutionner les problèmes d’eau et d’électricité au même titre que celui de la pénurie de carburants.
Car la même incurie de l’État relevée à la SEEG se retrouve à la Société Gabonaise de Raffinage, la SOGARA. Ses équipements sont d’un autre âge depuis des décennies sans que les gouvernements précédents ne s’en soient émus. Laissée à l’abandon, cette société a cumulé les dettes et l’insolvabilité vis-à-vis de ses fournisseurs au point qu’aujourd’hui, il faut beaucoup plus que la bonne volonté pour la remettre d’aplomb. Les montants évoqués pour réhabiliter cet outil d’importance cruciale pour le pays se chiffrent en plusieurs centaines de milliards de FCFA.
Nous revenons à la case départ pour juste pour dire que si les régimes précédents avaient fait preuve de rigueur dans la gestion de ces entreprises d’importance vitale, nous n’en serions pas là. L’eau, l’électricité et les carburants sont des ressources centrales, consubstantielles à l’activité économique et au bien-être des populations.
Question : Vous parlez de trouver des solutions à partir d’un examen lucide de la situation. Que pensez-vous des mesures prises par le gouvernement lors du dernier Conseil des ministres ?
Paskhal NKOULOU : Le gouvernement se doit de faire preuve de sang-froid et de rigueur pour ne pas agir dans la précipitation. Je pense que les annonces faites lors du dernier conseil des ministres, constituent des pistes à approfondir pour parvenir à des solutions qui préservent le pouvoir d’achat des consommateurs.
Le relèvement substantiel des prix des carburants à la pompe est un exercice périlleux qui devra tenir compte du risque d’une inflation généralisée qui fragiliserait encore plus le quotidien d’une population qui peine déjà à se loger, se nourrir et se soigner correctement.
Question : Le gouvernement annonce ces propositions comme étant les voies de sortie de la dépendance, surtout la mesure portant suspension de la subvention sur les produits pétroliers ?
Paskhal NKOULOU : Il faudrait trouver le moyen de réduire la charge financière que représente la subvention de l’État aux hydrocarbures, tout en maintenant les prix à un plafond supportable pour les usagers, je dis au passage que le Gabon par la politique de subvention pratiquait les prix à la pompe les plus bas dans la zone CEMAC.
Si cette mesure est appliquée, elle permettrait à l’État de dégager des économies substantielles pour prendre en charge les surcoûts découlant de la rareté mondiale des carburants, mais aussi assurer les investissements indispensables au financement des équipements dans les secteurs de l’eau et de l’électricité.
Quant à la réhabilitation de la SOGARA, cela avait déjà été actée, et des moyens doivent probablement être déployés. Je crois qu’il s’agit d’accéléré les opérations de réhabilitation de l’outil de production. Par contre, la création d’une autre raffinerie est un défi d’un tout autre calibre, auquel il faudrait s’attaquer dans des circonstances budgétaires meilleures, même si le gouvernement doit dès à présent mettre ce dossier sur sa table de travail.
Pour terminer, j’insiste sur le fait que le Président de la République dès sa prise de pouvoir s’est aussitôt engagé à restructurer le secteur pétrolier pour sortir de la dépendance énergétique. Malheureusement cette crise se produit alors que les réformes engagées ne sont pas arrivées à leur terme.
Toutefois, le Président de la République démontre sa volonté de préserver et de sécuriser la permanence de la disponibilité des carburants et une distribution sans coupure de l’eau et de l’électricité. Je salue la réaction rapide dont a fait montre le gouvernement pour contenir et stopper la pénurie des carburants.
[10/10/2026 11:35:21] Paskhal Nkoulou: *️⃣. Pénurie de carburant au Gabon : Démêler le vrai du faux
*️⃣ Entre intox sur des importations les , accusations de complot géopolitique international et dysfonctionnements internes faisons le tri entre les faits et les fake news.
1️⃣ Le Togo a-t-il une raffinerie de pétrole ?
➡️Réponse : FAUX.
↪️ L’explication : Le Togo ne dispose d’aucune raffinerie de pétrole brut sur son territoire national. Bien que le port de Lomé joue un rôle logistique et de hub commercial de premier plan dans la sous-région pour le stockage ou le transit de produits pétroliers, le pays ne transforme en aucun cas le brut.
2️⃣ Le Gabon fait-il raffiner son pétrole au Togo ?
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[10/10/2026 21:41:32] Paskhal Nkoulou: Réforme des subventions au Gabon
« Pourquoi un audit de la chaîne pétrolière est indispensable avant toute réforme des subventions ? Structure des coûts, budgets de fonctionnement et stabilisation : notre analyse factuelle. »
L’ESSENTIEL EN 3 POINTS
1️⃣ L’asphyxie budgétaire : Le coût mensuel de la stabilisation des prix est passé de 7-9 milliards à 30 milliards de FCFA, portant l’enveloppe globale annuelle à environ 110 milliards de FCFA (soit près de 0,9 % du PIB national).
2️⃣ Le paradoxe des prix bas : Le Gabon (avec une essence à 595 FCFA le litre) et la Guinée équatoriale maintiennent les tarifs les plus bas de la zone CEMAC. Ce décalage majeur face aux 850 FCFA du Cameroun ou aux 775 FCFA du Congo accentue mécaniquement les risques de contrebande transfrontalière.
3️⃣ L’impératif méthodologique : Face à une raffinerie nationale (SOGARA) qui ne couvre plus que 25 % de la demande intérieure, l’audit indépendant de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement et d’importation s’impose comme une nécessité purement technique avant tout ajustement tarifaire.
➡️ Introduction
*️⃣ La trajectoire ascendante des subventions aux produits pétroliers, culminant désormais à 30 milliards de FCFA par mois, impose aux pouvoirs publics une réflexion profonde sur la viabilité de notre modèle budgétaire.
↪️Toutefois, pour être soutenable et acceptée, une trajectoire de réforme ne peut faire l’économie d’une étape fondamentale : l’établissement de la vérité des coûts.
↪️Avant de modifier la contribution des usagers, la rigueur de gestion exige de s’assurer que la dépense publique finance des coûts réels et optimisés, plutôt que d’éventuelles faiblesses opérationnelles ou logistiques de la filière.
1️⃣La vérité des coûts comme condition de la vérité des prix
↪️Le débat public s’articule fréquemment autour du prix final à la pompe et du montant global de l’enveloppe des subventions.
✅ Pourtant, l’enjeu analytique majeur réside dans les mécanismes de formation des prix en amont de la distribution:
➡️Entre l’importation (ou le raffinage) et le consommateur final, la filière mobilise un écosystème complexe : traders, logisticiens, structures de stockage, la SOGARA et réseaux de distribution. Chaque segment génère des charges fixes, des coûts variables et des marges réglementées ou contractuelles qui impactent directement le Trésor public.
*️⃣La valeur ajoutée d’un diagnostic indépendant :
➡️L’optimisation des structures de coûts : L’audit permet d’isoler les charges légitimes des surcoûts liés à l’outil industriel national. Actuellement, la SOGARA ne couvrant que 25 % des besoins, les 75 % restants doivent être importés sous forme de produits finis, multipliant les intermédiaires et les frais de trading.
➡️La protection du pouvoir d’achat : L’évaluation méthodique garantit que l’effort demandé à la collectivité ne serve pas à compenser des déficits de performance ou des doublons organisationnels chez les acteurs de la chaîne.
➡️La fiabilisation des données de consommation : En maintenant, aux côtés de la Guinée équatoriale, les niveaux de prix les plus bas de la sous-région, le Gabon subit une forte pression spéculative extérieure.
↪️L’audit permettra enfin de cartographier précisément les volumes réellement absorbés par le marché intérieur et de quantifier la part détournée vers les circuits informels transfrontaliers (comme constaté sur le gaz butane).
*️⃣Les questions clés sur l’efficience opérationnelle et les mécanismes de régulation
↪️Au-delà des flux de marchandises, l’audit technique devra impérativement apporter des réponses précises sur la gestion financière interne des acteurs de la chaîne :
➡️La cohérence des budgets de fonctionnement :
↪️Les structures sont-elles corrélées à leur performance et à leur valeur ajoutée réelle dans la chaîne ?
↪️N’existe-t-il pas des leviers majeurs d’économies internes à activer avant d’ajuster les prix ?
•➡️L’affectation exacte des fonds de la stabilisation :
↪️Comment sont réellement allouées, arbitrées et consommées les enveloppes dédiées à la stabilisation des hydrocarbures ?
↪️Le mécanisme de péréquation sert-il exclusivement à amortir les chocs des cours mondiaux pour le consommateur, ou finance-t-il indirectement des inefficacités structurelles ou logistiques d’acteurs de la filière ?
➡️Transparence et méthode : le socle de la cohésion sociale
↪️Les arbitrages relatifs à la tarification de l’énergie revêtent une sensibilité économique et sociale majeure.
➡️Une réforme structurelle efficiente requiert, au préalable, une objectivation rigoureuse des données chiffrées de la filière.
C’est par cette démarche méthodique que l’État pourra valablement concilier l’impératif de redressement budgétaire, l’équité sociale et la confiance des citoyens.






