On peut inaugurer des édifices, dérouler le tapis rouge, mobiliser les caméras et prononcer des discours solennels. Mais aucune cérémonie, aussi fastueuse soit-elle, ne peut faire oublier une réalité : celle d’un peuple confronté, au quotidien, à des urgences vitales laissées sans réponse.
L’inauguration du Palais des congrès, présentée comme un symbole de renaissance, intervient dans un contexte social alarmant. Dans le Gabon d’aujourd’hui, la force publique ne rassure plus autant qu’elle inquiète. Pour de nombreux citoyens, elle est devenue synonyme de pression, d’abus et de crainte, en particulier pour les plus vulnérables.
Pendant ce temps, les priorités nationales interrogent. Près de cent milliards pour ériger une cité, plus d’un milliard pour en célébrer l’ouverture, alors que des milliers de Gabonais peinent à accéder aux soins via la CNAMGS. L’eau potable manque, l’électricité est instable, et des familles entières, notamment les déguerpis de Plaine Orety, dorment dehors, exposées à la pluie et au soleil avec leurs enfants.
Ce contraste n’est pas anodin. Il révèle une rupture.
Au moment de son accession au pouvoir, le président Oligui avait suscité une espérance réelle. Il apparaissait comme un dirigeant proche du peuple, attentif aux réalités et porteur d’une volonté de rupture. Mais, pour préserver et renforcer ce lien de confiance, encore fallait-il que son entourage joue pleinement son rôle.
Or, aujourd’hui, une évidence s’impose : le premier cercle du pouvoir échoue à dire l’essentiel. Là où il fallait alerter, il applaudit. Là où il fallait hiérarchiser les urgences, il accompagne sans réserve. Ce silence n’est pas neutre. Il est dangereux.
L’histoire récente du pays devrait pourtant servir d’avertissement. Les mêmes mécanismes flatteries, absence de contradiction, loyauté de façade ont déjà conduit à l’isolement du pouvoir. Et lorsque celui-ci s’affaiblit, ceux qui applaudissaient hier deviennent les premiers à se détourner. Les signes de cette répétition sont déjà visibles.




Cent milliards engloutis dans un édifice qui ne profite pas au peuple, pendant que celui-ci croupit dans la misère.
Un président qui se veut bâtisseur doit accepter une vérité simple : on ne bâtit pas un pays en tournant le dos aux priorités essentielles de son peuple. Un véritable bâtisseur ne se juge pas à la hauteur de ses édifices, mais à l’impact concret de ses décisions sur la vie des citoyens.
Oui, le Palais des congrès peut être utile. Mais non, il n’était pas une priorité dans un pays où l’on manque d’eau, d’électricité, de soins et de logements décents. Refuser de le dire, c’est refuser la réalité.
Le problème dépasse donc le projet lui-même. Il réside dans l’absence de voix courageuses au sommet de l’État. Personne ne contredit. Personne ne recadre. Personne ne rappelle l’essentiel. Et c’est ainsi que les erreurs se répètent, que les décalages se creusent et que la confiance s’érode.
Un pouvoir sans contradiction est un pouvoir en danger.
Le président Oligui est aujourd’hui interpellé. Non pas sur sa volonté de construire, mais sur le sens donné à cette construction. Car gouverner, ce n’est pas seulement ériger des bâtiments. C’est répondre aux besoins les plus urgents, protéger les plus faibles et maintenir un lien réel avec le peuple.
La véritable renaissance du Gabon ne se jouera pas dans les inaugurations. Elle se mesurera dans l’accès aux soins, dans la dignité retrouvée des plus vulnérables, dans la capacité du pouvoir à écouter enfin ce que le peuple vit.
Faute de quoi, les applaudissements d’aujourd’hui pourraient bien devenir les silences, puis les reniements de demain.
Oligui, attention !






