CHASSÉS DE LA MAISON DE LEUR PÈRE ? LA FAMILLE DU DÉFUNT CONTRE-ATTAQUE ET DÉNONCE UNE VERSION DES FAITS QUI SALIRAIT LA MÉMOIRE DE L’ANCIEN HOMME DE RADIO
L’affaire fait progressivement son chemin sur les réseaux sociaux et suscite, comme souvent lorsqu’il est question d’enfants et de succession, une vive émotion. Depuis quelque temps, des publications présentent la famille du regretté Bernardin NGUI NGUI, ancien agent de la Radiodiffusion provinciale du Woleu-Ntem, comme une famille qui aurait chassé les enfants du défunt de la maison de leur père et les aurait éloignés du village familial. Une accusation particulièrement grave qui, naturellement, ne laisse personne indifférent lorsqu’elle concerne deux enfants ayant perdu leur père.
- CHASSÉS DE LA MAISON DE LEUR PÈRE ? LA FAMILLE DU DÉFUNT CONTRE-ATTAQUE ET DÉNONCE UNE VERSION DES FAITS QUI SALIRAIT LA MÉMOIRE DE L’ANCIEN HOMME DE RADIO
- UNE RELATION AMOUREUSE, DEUX ENFANTS ET UNE QUESTION DE STATUT
- UN CONSEIL DE FAMILLE ET UNE SOLUTION QUI SE VOULAIT PROTECTRICE
- LÀ OÙ L’AFFAIRE AURAIT DÉRAPÉ
- DE L’AFFAIRE FAMILIALE AU « PROCÈS » SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX
- BERNARDIN NGUI NGUI, UNE MÉMOIRE QUE SA FAMILLE REFUSE DE VOIR SALIE
- ENTRE COUTUME, DROITS DES ENFANTS ET CONFLIT FAMILIAL, LA VÉRITÉ ATTENDUE
Pourtant, derrière cette version largement relayée sur les réseaux sociaux, la famille NGUI NGUI entend faire entendre une autre vérité. Selon ses proches, les faits auraient été considérablement simplifiés, voire déformés, au point de transformer une décision familiale prise collectivement en une affaire d’expulsion et de maltraitance d’enfants orphelins. La famille affirme au contraire que toutes les dispositions prises après le décès de Bernardin NGUI NGUI avaient précisément pour objectif de préserver les intérêts de ses enfants et d’organiser leur prise en charge.
Dès lors, une question s’impose : sommes-nous face à une véritable injustice faite à deux enfants orphelins ou à une affaire familiale dont une partie de la réalité aurait été oubliée dans le récit diffusé sur les réseaux sociaux ?
UNE RELATION AMOUREUSE, DEUX ENFANTS ET UNE QUESTION DE STATUT
Pour comprendre cette affaire, il faut revenir à l’origine de la situation. Bernardin NGUI NGUI partageait la vie d’une jeune femme avec laquelle il avait eu deux enfants. Selon les informations rapportées à notre rédaction, cette relation n’avait toutefois pas été consacrée par un mariage formel. Il s’agissait d’une relation amoureuse qui avait donné naissance à une famille de fait, sans que les deux partenaires ne soient officiellement liés par les mêmes obligations qu’un couple marié.
C’est cette distinction qui aurait constitué l’un des éléments essentiels des discussions intervenues après le décès du père des enfants. Dans les usages coutumiers évoqués par la famille, notamment dans certaines communautés fang du nord du Gabon, le statut matrimonial détermine traditionnellement la place qu’occupe une femme au sein du village de son conjoint. Une femme mariée est liée à la famille de son époux par un ensemble de considérations sociales et coutumières qui ne s’appliquent pas nécessairement de la même manière à une partenaire avec laquelle le défunt entretenait simplement une relation amoureuse ou de concubinage.
Pour la famille NGUI NGUI, rappeler cette réalité coutumière ne revient aucunement à nier l’existence des enfants ni à leur contester leur place dans la famille de leur père. Bien au contraire, les proches du défunt soutiennent que la situation de la jeune femme et celle des enfants auraient été volontairement distinguées afin que les enfants puissent continuer à bénéficier de ce qui leur revenait, tout en permettant à leur mère de retrouver sa liberté et de reconstruire sa vie.

UN CONSEIL DE FAMILLE ET UNE SOLUTION QUI SE VOULAIT PROTECTRICE
C’est ici que la version défendue par la famille prend une tout autre dimension. Contrairement à l’image d’une famille qui aurait décidé, dans la précipitation et la brutalité, de mettre dehors une jeune mère et ses enfants, les proches de Bernardin NGUI NGUI affirment qu’un conseil de famille largement élargi aurait été organisé afin de rechercher une solution acceptable pour toutes les parties.
Selon les informations communiquées à notre rédaction, il aurait été convenu que la jeune femme, n’étant pas engagée dans un mariage formel avec le défunt, puisse refaire librement sa vie, mais en dehors du village familial de Bernardin NGUI NGUI. Cette décision aurait été présentée non comme une sanction, mais comme une conséquence du statut de la relation et des usages en vigueur dans le milieu familial.
Surtout, la famille affirme que la maison construite sur la parcelle familiale devait rester au bénéfice des enfants. Loin de vouloir les priver de ce patrimoine, les membres de la famille auraient envisagé une solution permettant de transformer ce bien en source de revenus pour leur entretien. La maison devait ainsi être mise en location et les revenus locatifs reversés intégralement à leur mère afin de contribuer à la prise en charge des enfants. À cette disposition devait, selon les mêmes sources, s’ajouter une contribution mensuelle apportée par l’aîné du défunt.
Si cette version des faits correspond aux décisions effectivement prises lors de ce conseil de famille, elle remet évidemment en question le récit selon lequel la famille aurait cherché à abandonner ou à déposséder les deux enfants de leur père. Elle pose surtout la question de savoir pourquoi ces éléments ne figureraient pas dans certaines publications qui ont largement contribué à présenter les proches du défunt comme les responsables d’une prétendue expulsion.
LÀ OÙ L’AFFAIRE AURAIT DÉRAPÉ
Selon les proches de Bernardin NGUI NGUI, le véritable point de rupture serait intervenu après ces décisions familiales. La mère des enfants serait finalement revenue occuper la maison située dans le village du défunt, alors même que les dispositions arrêtées collectivement prévoyaient une autre organisation.
Elle y aurait également développé une activité commerciale qui, toujours selon les membres de la famille, aurait suscité des réserves en raison de certains aspects considérés comme incompatibles avec les valeurs et les mœurs du milieu familial. Ces désaccords auraient progressivement détérioré les relations entre les différentes parties, jusqu’à transformer ce qui devait initialement rester une affaire familiale en un conflit exposé publiquement.
C’est dans ce contexte que les réseaux sociaux seraient devenus le principal théâtre de la confrontation. Une version des faits a commencé à circuler, suscitant l’indignation d’une partie de l’opinion. Celle-ci présente essentiellement l’histoire sous l’angle d’enfants orphelins qui auraient été privés de la maison de leur père et rejetés par la famille de celui-ci.
La famille NGUI NGUI estime aujourd’hui que cette présentation est profondément injuste, parce qu’elle ne tiendrait pas compte des discussions et des décisions qui auraient été prises collectivement après le décès.
DE L’AFFAIRE FAMILIALE AU « PROCÈS » SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX
C’est probablement là que se situe le véritable malaise. Dans une société où les réseaux sociaux sont devenus une caisse de résonance immédiate, une affaire familiale peut rapidement dépasser le cercle des personnes directement concernées et devenir une affaire publique avant même que toutes les versions aient été entendues.
Dans le cas présent, l’émotion suscitée par la situation de deux enfants ayant perdu leur père est parfaitement compréhensible. Mais l’émotion ne suffit pas à établir les responsabilités. La famille NGUI NGUI pose donc plusieurs questions : pourquoi les décisions qui auraient été prises lors du conseil de famille ne sont-elles pas prises en compte dans le récit diffusé ? Pourquoi les proches du défunt sont-ils présentés comme des personnes cherchant à chasser leurs propres petits-enfants ou neveux alors qu’ils affirment avoir justement voulu organiser leur avenir ?
Le problème est d’autant plus délicat que l’utilisation des réseaux sociaux donne souvent à la première version publiée une force considérable. Une fois qu’une histoire est devenue virale, il devient difficile pour ceux qui contestent cette version de rétablir les faits, surtout lorsque les accusations portent sur des enfants, un décès et une supposée injustice familiale.
La famille de Bernardin NGUI NGUI estime aujourd’hui être victime de cette mécanique. Elle affirme avoir été publiquement présentée comme le « bourreau » de deux enfants alors qu’elle soutient avoir cherché, dès le départ, à protéger leurs intérêts.
BERNARDIN NGUI NGUI, UNE MÉMOIRE QUE SA FAMILLE REFUSE DE VOIR SALIE
Au-delà du conflit qui oppose aujourd’hui les différentes parties, les proches du défunt disent également vouloir protéger la mémoire de Bernardin NGUI NGUI. Ancien homme de radio et personnalité connue dans le Woleu-Ntem, celui-ci avait construit au fil des années une réputation liée à son activité professionnelle, mais également à sa sociabilité et à ses nombreuses relations dans la province.
Pour sa famille, associer aujourd’hui son nom à une affaire dans laquelle ses propres enfants seraient présentés comme des victimes abandonnées par leur famille paternelle constitue une blessure supplémentaire. Les proches estiment que certaines publications ont non seulement déformé leur rôle dans cette affaire, mais qu’elles ont également porté atteinte à l’image et à la mémoire du défunt.
Ils affirment donc ne plus vouloir rester silencieux face à ce qu’ils considèrent comme une campagne de dénigrement. Selon leurs déclarations, toutes les voies légales seraient désormais envisagées afin de répondre aux auteurs et diffuseurs de propos qu’ils estiment faux, mensongers ou diffamatoires.
ENTRE COUTUME, DROITS DES ENFANTS ET CONFLIT FAMILIAL, LA VÉRITÉ ATTENDUE
Cette affaire mérite finalement mieux qu’un simple affrontement sur Facebook. Deux enfants ont perdu leur père et leur intérêt doit, dans tous les cas, demeurer au centre des préoccupations des adultes qui les entourent.
Mais la protection des enfants ne saurait être confondue avec la condamnation automatique d’une famille sur la base d’un récit unique. À l’inverse, les traditions et les décisions familiales ne peuvent pas non plus servir à écarter les droits que la loi reconnaît aux enfants. C’est précisément pour cette raison que les faits, les documents et les décisions réellement prises doivent pouvoir être examinés avec sérénité.
Aujourd’hui, deux récits s’opposent. Le premier évoque des enfants qui auraient été chassés de la maison de leur père et éloignés de leur famille. Le second, porté par les proches de Bernardin NGUI NGUI, affirme qu’une organisation avait été mise en place pour que les enfants bénéficient du patrimoine de leur père et que leur mère puisse continuer à les prendre en charge.
Qui dit vrai ?
Il serait prématuré de trancher cette question sur la seule base des publications circulant sur les réseaux sociaux. Une chose est cependant certaine : la famille NGUI NGUI refuse désormais de porter l’étiquette de « bourreau des orphelins » qui lui est attribuée et affirme être prête à défendre son honneur ainsi que la mémoire de son défunt.
L’affaire, elle, est loin d’avoir livré tous ses éléments.






