Le Gabon vient de traverser l’un des épisodes les plus sombres de son histoire récente. Les fêtes de Noël et de fin d’année, traditionnellement consacrées à la joie, au rassemblement familial et à l’espérance chrétienne, se sont déroulées dans un climat de peur, d’angoisse et de deuil. Enlèvements d’enfants, assassinats brutaux, corps sans vie découverts dans plusieurs quartiers de Libreville : le sang gabonais a coulé durant une période qui aurait dû être sacrée.
Des familles attendent encore, dans une angoisse insoutenable, des nouvelles de leurs enfants disparus. D’autres pleurent déjà des vies arrachées dans des conditions atroces. L’insécurité a étouffé la fête, le silence a remplacé les chants de Noël. Aujourd’hui, le Gabon pleure. Le Gabon est en deuil.
Dans de tels moments de douleur collective, les peuples se tournent naturellement vers les figures morales et symboliques de la République. Au Gabon, la Première Dame occupe une place particulière : elle est perçue comme la mère de la Nation, celle qui incarne la compassion, l’écoute et la proximité avec les plus vulnérables. Ce rôle dépasse largement le cadre protocolaire. Il engage une responsabilité morale, surtout lorsque la Nation est profondément blessée.
Face à l’ampleur des drames survenus durant ces fêtes, beaucoup de Gabonais estiment qu’un geste fort aurait pu être posé. Non pour effacer les crimes ni réparer l’irréparable, mais pour reconnaître officiellement que le pays n’était pas en état de célébrer. Dans de nombreux États confrontés à des tragédies nationales violences extrêmes, assassinats collectifs, catastrophes des Premières Dames ont choisi d’ajourner des festivités, d’appeler au recueillement et de se tenir publiquement aux côtés des familles endeuillées. Ces gestes n’annulent pas la douleur, mais ils humanisent le pouvoir et réconfortent les peuples.
Au Gabon, décréter symboliquement un « Noël noir » aurait été un acte de hauteur morale. Suspendre ou reporter les célébrations festives, inviter la Nation à observer des moments de silence et de prière en mémoire des victimes, aurait envoyé un message clair : la République partage la souffrance de ses enfants. En tant que chrétienne, la Première Dame aurait également pu initier une grande messe œcuménique à la cathédrale Sainte-Marie de Libreville, relayée dans les églises et temples du pays, afin d’unir spirituellement la Nation autour des familles endeuillées.
Ces moments de recueillement auraient pu se transformer en élans de solidarité concrète, à travers des collectes ou des actions de soutien en faveur des familles éprouvées. Les festivités de Noël et du Nouvel An auraient alors pu être organisées ultérieurement, dans un esprit de résilience et de reconstruction morale. Un tel choix aurait renforcé le lien entre la Première Dame et un peuple qui, depuis quelque temps, a le sentiment d’être seul face à ses souffrances.
Ce sentiment est d’autant plus fort qu’il s’inscrit dans un contexte marqué par une insécurité persistante, une justice perçue comme inégalitaire et le retour du favoritisme dénoncé par de nombreux citoyens. Dans ce climat, certaines initiatives portées par la Première Dame notamment la lutte contre le cyberharcèlement des femmes, pourtant légitime apparaissent à une partie de l’opinion comme déconnectées des urgences vitales du moment, au premier rang desquelles figurent la protection des enfants et la sécurité des familles.
Cet article n’est ni une attaque personnelle ni un manque de respect. Il se veut une interpellation citoyenne, sincère et responsable. Le peuple gabonais n’attend pas des miracles, mais des gestes symboliques forts, des paroles de compassion et une présence capable d’apaiser les cœurs meurtris.
Quand un peuple saigne, le silence devient lourd. Beaucoup estiment qu’un « Noël noir » aurait été un acte de solidarité nationale, un signe de proximité et d’humanité. Le Gabon pleure encore, et il espère que sa douleur sera entendue, reconnue et portée au plus haut niveau de l’État.
Par Rhonny Starr Biyong











