Au Gabon, le football n’est pas un simple jeu. Il est un fait social total, un espace d’espérance collective et un miroir de la gouvernance nationale. À ce titre, la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT) n’est pas une structure ordinaire : elle engage l’image du pays, façonne les rêves de milliers de jeunes et teste la crédibilité de l’État dans sa capacité à organiser, réguler et moraliser le sport.
Or, force est de constater qu’après plusieurs mandats successifs, la FEGAFOOT demeure prisonnière d’un cycle d’échecs répétés, d’errances stratégiques et d’un immobilisme préoccupant. Les résultats sportifs sont inexistants ou anecdotiques, les réformes structurelles annoncées n’ont jamais produit d’effets durables, et la gouvernance demeure opaque, contestée et décriée.
Dans toute démocratie sportive digne de ce nom, une telle situation aurait conduit, depuis longtemps, à des départs volontaires, à des remises en question profondes, voire à des sanctions politiques internes. Mais au Gabon, l’échec est trop souvent normalisé, banalisé, puis recyclé en longévité institutionnelle. S’accrocher à une fonction malgré des bilans négatifs n’est plus une erreur de jugement : c’est une faute morale et politique.
La stabilité, brandie comme un alibi, n’a jamais produit la performance. Elle a surtout servi de paravent à l’absence de vision, à la confiscation du pouvoir sportif par une minorité et à la marginalisation des véritables acteurs du football : joueurs, entraîneurs, clubs et supporters. Cette logique d’accaparement a progressivement vidé la FEGAFOOT de sa mission première au profit d’intérêts personnels, de calculs de positionnement et de luttes d’influence.
Démissionner, dans un tel contexte, ne serait ni une humiliation ni un aveu de faiblesse. Ce serait, au contraire, un acte politique fort, une reconnaissance lucide de l’échec d’un projet arrivé à bout de souffle. Refuser de partir malgré l’évidence, c’est faire passer l’ego au-dessus de l’intérêt général, et confondre mandat électif avec propriété privée.
Le patriotisme sportif ne consiste pas à occuper indéfiniment un fauteuil, mais à protéger l’avenir d’une discipline qui se meurt sous le poids des mêmes pratiques et des mêmes visages. En refusant toute alternance, certains dirigeants hypothèquent l’avenir du football gabonais et brisent la confiance déjà fragile de la jeunesse, qui ne voit plus dans le sport un ascenseur social crédible.
Toutefois, une démission ne saurait être un simple geste tactique ou une fuite déguisée. Elle doit s’accompagner d’un examen rigoureux des responsabilités, d’un audit sérieux des mandats successifs, et d’une reddition des comptes devant les instances compétentes. Il ne s’agit pas d’effacer le passé, mais de l’assumer pleinement.
Le Gabon traverse une phase de refondation politique et morale. Dans ce contexte, il serait incohérent que le football, secteur hautement symbolique, continue d’échapper aux exigences de responsabilité, d’exemplarité et de renouvellement. La FEGAFOOT ne peut demeurer un sanctuaire d’impunité pendant que la nation exige des comptes ailleurs.
En définitive, le véritable courage n’est pas de résister au changement, mais de l’accepter quand l’échec devient structurel. Refuser de partir, aujourd’hui, n’est pas un acte de résistance : c’est un aveu d’égoïsme politique.
À l’inverse, démissionner, ouvrir la voie à une transition crédible et assumer un bilan, serait un acte de bravoure républicaine, un geste rare mais salutaire pour le football gabonais.

Par ENGOHANG OBIANG Sylvestre
Ancien Secrétaire Général de l’USO
Ancien Administrateur (Conseil d’Administration) de l’INAFP
Ancien Manager financier de la FEGAFOOT





