Il s’appelle Darel Otunga Eli. Il a neuf ans. À Libreville, capitale gabonaise, là où l’on parle de modernité, de transition et d’avenir, cet enfant dort dans des voitures abandonnées et survit en portant des bidons d’eau pour quelques pièces. Son crime présumé ? La « sorcellerie ».
Darel a quitté son domicile il y a un mois. Non par fugue, mais pour sauver sa vie. Après le décès de son père, les accusations se sont abattues sur lui comme une sentence. Battu, humilié, exposé au regard des autres, il a été présenté comme porteur de forces occultes qu’il dit ne même pas comprendre. « On nous a frappés », raconte-t-il. Face à la violence et à la peur, l’enfant a fui.Orphelin de père et de mère, Darel erre désormais dans les rues de Libreville. Il dort dans des véhicules stationnés à Evia, marche des kilomètres sans but précis et se nourrit quand il le peut. « Je marchais depuis le matin », confie-t-il. « Je cherchais ma sorcellerie ». Une phrase glaçante, révélatrice de l’endoctrinement et de la détresse psychologique infligée à un enfant de neuf ans.
Pour survivre, Darel travaille. À neuf ans. Il porte de l’eau pour des adultes, reçoit quelques pièces et mange avec ce qu’il gagne. Il ne connaît pas ses grands-parents, ignore où se trouvent les membres de sa famille paternelle et n’a aucun adulte pour assurer sa protection. Les services sociaux ? Absents. L’État ? Invisible. La société ? Muette.Ce drame se déroule au cœur de Libreville, pas dans une zone reculée ou inaccessible. Il ne s’agit pas d’un fait divers, mais d’un acte d’accusation contre les violences faites aux enfants au nom de croyances obscurantistes, contre l’abandon institutionnel et contre l’indifférence collective.Combien d’enfants, comme Darel, errent aujourd’hui dans la capitale gabonaise, accusés de sorcellerie, chassés de leurs foyers et condamnés à survivre dans la rue ? Combien dorment dans des voitures, des marchés ou des chantiers pendant que les discours officiels promettent la protection de l’enfance ?À neuf ans, Darel ne devrait pas raconter comment il survit à Libreville. Il devrait être à l’école, protégé, accompagné. Son témoignage interpelle les autorités, les leaders religieux et communautaires, les ONG et chaque citoyen gabonais. Car abandonner un enfant, c’est trahir l’avenir. Et se taire, c’est devenir complice.
