À Makokou, on chante, on danse, on crie, on applaudit. La fête bat son plein et la joie est visible partout. Pendant plusieurs jours, la capitale de l’Ogooué-Ivindo est devenue le théâtre d’une célébration présentée comme celle de la « Libération ».
Difficile, en regardant ces images de liesse, de ne pas se réjouir de voir des Gabonais heureux de se retrouver et de célébrer ensemble.
Mais derrière les chants, les danses et les applaudissements, une question finit par s’imposer : que fête-t-on réellement ?
Libérés de quoi ? Du joug occidental ? De l’ancien régime ? Et surtout, qu’est-ce qui a véritablement changé dans la vie du Gabonais depuis cette « Libération » ?
Car une véritable rupture aurait aussi dû se voir dans les méthodes.
Elle aurait dû signifier la fin du populisme, des dépenses de prestige, du copinage, du favoritisme et de cette tendance à utiliser l’argent public pour impressionner ou séduire les foules.
À quelques jours de la rentrée scolaire, la réalité du pays reste pourtant bien différente.
Des écoles sont encore délabrées. Certaines manquent de tables-bancs. Dans plusieurs établissements, l’insalubrité reste une préoccupation. Pendant ce temps, de nombreux jeunes cherchent des financements pour lancer leurs projets, créer des activités et simplement essayer de construire leur avenir.
Et dans le même temps, des milliards sont mobilisés pour faire la fête pendant plusieurs jours à Makokou.
Alors une question, forcément, revient : n’est-ce pas précisément ce que nous reprochions hier à l’ancien système ?






À quoi tout ceci a-t-il servi ?
Nous ne sommes pas contre la fête. Nous ne sommes pas contre Makokou. Nous ne sommes pas contre les routes, les bâtiments ou les réalisations capables d’améliorer concrètement le quotidien des populations.
Mais nous refusons de croire qu’un peuple est libéré simplement parce qu’il danse.
La liberté ne se mesure pas au nombre de personnes réunies dans une cérémonie, au volume des applaudissements ou à la durée d’une fête.
Elle se mesure aussi à ce que vit chaque Gabonais lorsqu’il rentre chez lui.
Elle se mesure à l’école de son enfant, à la possibilité pour un jeune de trouver un emploi ou de financer son projet, à la qualité des soins dans un hôpital, à l’accès aux services essentiels et, plus largement, à la dignité avec laquelle chacun peut vivre dans son propre pays.
La « Libération » aurait donc dû être une rupture dans les méthodes, et pas seulement un changement de visages.
Une République véritablement libérée devrait donner la priorité à l’école plutôt qu’au spectacle, à l’emploi plutôt qu’au folklore, à l’hôpital plutôt qu’au prestige et à l’investissement productif plutôt qu’à une dépense qui disparaît une fois les lampions éteints.
Alors oui, Makokou peut danser.
Et personne ne devrait lui reprocher sa joie.
Mais le reste du Gabon a également le droit de poser des questions.
Où sont les jeunes des autres provinces ? Où sont les artistes, les cadres, les notables, les associations et toutes ces forces vives qui constituent la Nation ?
Cette fête est-elle véritablement celle de tout le Gabon ou donne-t-elle plutôt le sentiment d’une célébration portée par un cercle qui se retrouve pour fêter une victoire dont les contours restent encore flous pour une partie de la population ?
Ces questions ne sont ni une attaque contre Makokou ni un refus de célébrer.
Elles sont simplement celles d’un pays qui veut comprendre.
À Magazine Super Star, nous continuerons donc à les poser.
Non pas pour empêcher le Gabon de faire la fête, mais pour rappeler qu’une célébration nationale ne devrait jamais devenir un écran de fumée devant les urgences du pays.
Car au fond, la question est d’une terrible simplicité :
Si la Libération consiste à dépenser des milliards pour faire danser le peuple pendant que ses écoles manquent de tables-bancs, que ses jeunes manquent de financements et que ses familles continuent de faire face aux mêmes difficultés, alors qu’avons-nous réellement libéré ?
Peut-être que la véritable fête de la Libération reste encore à organiser.
Le jour où le Gabonais pourra voir cette liberté dans son assiette, dans son emploi, dans son école, dans son hôpital, dans sa justice et dans sa dignité, ce jour-là, nous serons les premiers à danser.
La Rédaction
Magazine Super Star






