La commune de Libreville a officiellement durci le ton contre les nuisances sonores, dans un arrêté qui, à lui seul, semble vouloir tester les limites de la rigueur administrative… et celles de la patience des citoyens.
Désormais, les “nuisants sonores” sont strictement interdits dans la ville. Une formulation déjà surprenante, qui laisse penser que le bruit n’est plus seulement une gêne, mais presque une entité criminelle à part entière.
Musique de jour comme de nuit, chants, et même “vacarmes audibles depuis la voie publique” sont visés par la mesure.
Autrement dit, à Libreville, il ne suffit plus de faire du bruit pour être en infraction : il suffit d’être entendu.
Le texte va plus loin en fixant le début du “crime acoustique” à 22 heures, heure à partir de laquelle le moindre son pourrait théoriquement basculer dans la catégorie du tapage nocturne. Une précision qui donne l’impression qu’à partir de cette heure, la ville doit entrer dans une sorte de coma sonore administratif.
Les sanctions annoncées ne sont pas en reste : de un à trois mois d’emprisonnement ferme, ou une amende pouvant aller de 100 000 à 5 millions de francs CFA. Une échelle suffisamment large pour donner le sentiment que l’infraction n’est pas seulement jugée, mais négociée selon l’humeur du jour.
Ce qui frappe surtout dans ce texte, c’est le décalage entre la réalité des nuisances urbaines et la réponse apportée, qui semble davantage viser l’affichage de fermeté que la mise en place de solutions concrètes et équilibrées. Car à force de criminaliser le bruit sous toutes ses formes, on finit par se demander si l’objectif est de réguler la vie urbaine… ou de la museler.
Signé le 19 mai 2006 par le maire Eugene Mba, l’arrêté restera sans doute comme un exemple de réglementation à la fois stricte et discutable, où l’on a peut-être voulu trop encadrer le son, au risque d’étouffer le bon sens.
Dans cette Libreville-là, le véritable défi ne sera plus seulement d’éviter le tapage… mais de savoir si vivre en ville implique encore le droit de se faire entendre.





