
« Conservez vos ordures à la maison » : quand l’administration transforme les ménages en dépotoirs !
Il fallait oser. Le ministère de l’Intérieur et la mairie semblent avoir trouvé la solution miracle pour rendre Libreville propre : demander aux populations de conserver leurs ordures à domicile !
Oui, vous avez bien lu. Ce n’est pas une blague, mais une consigne affichée en rouge dans nos quartiers. Une trouvaille administrative qui soulève une question élémentaire : ceux qui ont conçu cette mesure vivent-ils réellement dans la même Libreville que nous ?
TROIS JOURS DE RAMASSAGE, QUATRE JOURS DANS LES ORDURES !
Selon l’affiche, les déchets doivent être sortis les mardis, jeudis et samedis à partir de 18 heures. Les autres jours ? « Merci de conserver vos déchets à votre domicile. »
Magnifique ! Mais comment stocker plusieurs jours des ordures ménagères sous une chaleur pouvant atteindre 35 °C, dans des logements parfois exigus où vivent des familles entières ?
À Libreville, les souris, les rats et les cafards sont déjà présents dans certains quartiers, sans oublier les chiens et les chats errants. Où sont les campagnes de dératisation et de lutte contre les nuisibles ?
Faudra-t-il désormais installer les poubelles dans le salon, à côté de la cuisine ou sous le lit des enfants ?
Soyons sérieux ! Une mauvaise gestion des déchets peut favoriser les nuisances, attirer les nuisibles et accroître certains risques sanitaires. Le choléra, la typhoïde et la leptospirose ne sont pas des arguments à brandir à la légère, mais la prévention sanitaire exige justement une collecte efficace et régulière.
On ne combat pas l’insalubrité en demandant aux familles de transformer leur domicile en zone de stockage des déchets !

LE KLAXON DE MINUIT : FAUT-IL RISQUER SA VIE POUR UNE POUBELLE ?
Deuxième trouvaille : sortir les ordures au son du klaxon des camions.
Sur le papier, c’est simple. Dans la réalité, c’est une autre histoire !
À Nzeng-Ayong, Akébé, Kinguélé ou Sotéga, des habitants rapportent que les camions passent parfois à minuit, à 1 heure, voire à 3 heures du matin, bien après les 18 heures annoncées.
Et dans une Libreville où l’éclairage public fait défaut dans de nombreux secteurs et où l’insécurité préoccupe les populations, qui va sortir en pleine nuit avec son sac d’ordures ?
Quelle mère de famille réveillera ses enfants à 2 heures du matin pour courir dans le noir ? Quel père prendra le risque de se faire agresser pour une poubelle ?
À ce rythme, il faudra bientôt choisir entre dormir tranquillement et respecter les consignes de salubrité !
La propreté ne doit pas devenir une épreuve nocturne, encore moins un risque pour la sécurité des citoyens.
ET LES HABITANTS DES MATITIS, ILS FONT COMMENT ?
L’affiche invite les populations à aider les autorités à garder la ville propre. Fort bien ! Mais encore faut-il leur en donner les moyens.
Libreville n’est pas une ville où toutes les maisons sont accessibles depuis une route goudronnée. Dans de nombreux quartiers sous-intégrés, les habitants empruntent des sentiers étroits, parfois boueux, pour rejoindre les grands axes.
Le camion klaxonne au bord de la route. Ceux qui habitent à proximité l’entendent. Mais les familles installées au fond des matitis, parfois à 300, 400 ou 500 mètres, font comment ?
Elles courent dans la boue et le noir avec un sac d’ordures qui risque de se déchirer, en espérant atteindre le camion avant son départ ?
C’est cela, la politique de salubrité publique ?
Une mesure uniforme ne peut pas fonctionner sans tenir compte des réalités de chaque quartier. Il faut des circuits adaptés, des horaires fiables et des points de collecte accessibles à tous.
Demander la coopération des citoyens est légitime. Leur imposer des consignes difficilement applicables ne l’est pas.
UNE AFFICHE ROUGE POUR MASQUER LES DÉFAILLANCES DU SYSTÈME ?
Le problème n’est pas que les autorités demandent aux habitants de participer à la propreté de la ville. Le problème, c’est de leur transférer les contraintes d’un service public qui doit d’abord être organisé efficacement.
Libreville a besoin de ramassages réguliers, de camions aux horaires prévisibles, de circuits adaptés aux quartiers enclavés, d’un meilleur éclairage public et de véritables campagnes de dératisation et de lutte contre les nuisibles.
Cette affiche doit être retirée ou profondément reformulée. Les autorités doivent revoir leur dispositif et consulter les populations avant d’imposer des consignes qui ignorent les réalités du terrain.
Car une ville propre ne se décrète pas à coups de slogans. Elle se construit avec des moyens, de l’organisation et du respect pour les habitants.
Le peuple ne demande pas à conserver ses ordures. Il demande qu’on les ramasse !
Libreville mérite mieux qu’une affiche rouge, un calendrier contraignant et un klaxon au milieu de la nuit.
À force de demander aux citoyens de garder leurs déchets, on finit par se demander si l’administration ne cherche pas surtout à se débarrasser de ses propres responsabilités.






